La volatilité des prix du pétrole sous le regard des marchés : analyse de Denise Chisholm – 9 avril 2026

La volatilité des prix du pétrole sous le regard des marchés : analyse de Denise Chisholm – 9 avril 2026

La hausse des prix du pétrole fait souvent les manchettes et suscite rapidement des inquiétudes quant à ses répercussions sur l’économie. Or, les données historiques montrent que les marchés prennent ces conséquences en considération, parfois avant même que l’ampleur réelle des effets ne soit pleinement comprise. Denise Chisholm, directrice en chef, Stratégie de marché quantitative chez Fidelity, a partagé son point de vue sur la façon dont cette tendance s’est manifestée à plusieurs reprises au cours des cycles de marché. Les périodes de forte incertitude sont souvent survenues alors que les marchés boursiers avaient déjà anticipé des scénarios défavorables.


Voici quelques-uns des points à retenir.

Pourquoi les manchettes négatives peuvent-elles induire en erreur?

L’histoire des marchés montre qu’il est préférable d’éviter de réagir aux manchettes négatives, lorsqu’on adopte une perspective à long terme. À la fin des années 1970 et au début des années 1980, l’économie américaine a traversé deux récessions consécutives, accompagnées de replis marqués des marchés. Pourtant, les creux ont été atteint avant même que l’une ou l’autre de ces récessions ne débute officiellement. Durant cette période, les investisseurs et investisseuses qui ont conservé leurs placements ont obtenu des rendements nominaux significatifs, suffisants pour suivre le rythme de l’inflation. En revanche, un repli complet vers des liquidités a accru la vulnérabilité des portefeuilles à l’inflation, entraînant une perte du pouvoir d’achat. Cet exemple met en évidence un thème récurrent : anticiper correctement un ralentissement économique ne garantit pas nécessairement une bonne synchronisation avec les marchés. Ceux-ci ont souvent tendance à reculer avant que les résultats défavorables ne se concrétisent, puis à se redresser alors que l’incertitude persiste.

 

Pourquoi l’économie actuelle est-elle moins vulnérable aux chocs pétroliers?

Les comparaisons avec les chocs pétroliers du passé ne reflètent pas pleinement à quel point l’économie a changé. Même si les prix du pétrole ajustés en fonction de l’inflation peuvent sembler élevés, la structure de l’économie actuelle diffère considérablement de celle d’il y a plusieurs décennies. L’efficacité énergétique s’est considérablement améliorée au fil du temps et l’intensité pétrolière a diminué. Par conséquent, les prix du pétrole exercent désormais une influence beaucoup plus faible sur les bénéfices des sociétés et l’activité économique globale. Lorsqu’on évalue les prix du pétrole rapport aux bénéfices des sociétés plutôt qu’en fonction de l’inflation seulement, il faudrait que le prix du baril atteigne environ 1 000 $ pour générer des pressions comparables à celles observées en 1980. Cela ne signifie pas que la hausse des prix ne soit pas sans conséquence, mais cela indique que l’économie semble désormais mieux outillée pour les absorber.

 

Comment d’autres facteurs économiques contribuent-ils à atténuer les effets de la hausse des prix du pétrole?

Les prix du pétrole n’évoluent pas de façon isolée : leur impact dépend du contexte économique global. Les récentes baisses des tarifs douaniers, combinées à certaines mesures budgétaires, ont permis d’atténuer la hausse des coûts de l’énergie. Bien que les consommateurs soient confrontés à des prix plus élevés à la pompe, d’autres changements de politiques ont permis de limiter en partie cette pression. Pris dans l’ensemble, ces facteurs suggèrent que, pour réellement freiner l’élan économique, la hausse des prix du pétrole devra être plus durable ou plus marquée.

 

Les risques d’inflation pourraient être plus limités que prévu

La hausse des prix du pétrole ravive souvent les inquiétudes liées à un retour des pressions inflationnistes. Toutefois, les données historiques indiquent que cette relation est plus nuancée. Les prix du pétrole ne sont pas pris en compte dans les mesures d’inflation de base et leur répercussion générales sur l’inflation s’est affaiblie au fil du temps. Même en période de hausse marquée des prix de l’énergie, la probabilité d’une accélération soutenue de l’inflation de base demeure plus faible que certains ne le suppose, à moins que ces hausses ne soient à la fois importantes et prolongées. Dans ce contexte, la montée des prix de l’énergie agit davantage comme une taxe à la consommation que comme un véritable moteur inflationniste généralisé. En l’absence de revenus supplémentaires pour les ménages, l’augmentation des dépenses en énergie tend à réduire la demande dans d’autres secteurs, ce qui limite le pouvoir de fixation des prix dans l’ensemble de l’économie.

 

Comment les politiques ont-elles été ajustées par le passé?

Les banques centrales ont généralement fait preuve de prudence lors des chocs des prix du pétrole. Par le passé, les décisions relatives aux taux d’intérêt ont davantage été guidées par la croissance sous-jacente et les conditions du marché du travail que par les prix de l’énergie. Des hausses temporaires de l’inflation globale peuvent survenir, mais elles n’ont conduit à un resserrement soutenu de la politique monétaire que lorsqu’elles s’inscrivaient dans un contexte d’accélération économique plus large. Lorsqu’ils sont considérés isolément, les chocs des prix du pétrole n’ont pas provoqué des ajustements marqués des taux d’intérêt.

 

Secteurs les plus attrayants selon les données historiques et les prix actuels

Du point de vue des valorisations historiques, plusieurs segments du marché continuent de se démarquer.

  1. Le secteur des technologies demeure l’un des plus performants, soutenu par une croissance relativement résiliente et des valorisations qui reflètent un degré élevé de prudence. Par le passé, certains sous-secteurs technologiques ont démontré leur capacité de croître même en période de ralentissement économique.
  2. Les secteurs de l’industrie et des produits financiers semblent afficher des prix qui tiennent compte d’un niveau de risque important. Dans le secteur des produits financiers, les valorisations relatives se situent dans des fourchettes historiquement faibles, ce qui pourrait refléter l’anticipation de défis à venir.
  3. Les titres de consommation discrétionnaire, en particulier ceux du secteur de l’habitation, ont été fragilisés par la hausse des taux, ce qui a nui à la confiance du public investisseur. Historiquement, les segments qui intègrent un risque de récession à l’avance ont souvent tendance à se stabiliser bien avant la reprise généralisée du marché.

Secteurs confrontés à des vents contraires

  1. Les secteurs défensifs comme les produits de première nécessité et les services collectifs peuvent offrir une certaine stabilité en période d’incertitude. Cependant, le secteur des services collectifs a déjà enregistré de solides rendements, ce qui pourrait limiter le potentiel d’appréciation si les conditions s’améliorent.
  2. Les actions du secteur de l’énergie exigent une prudence particulière. Par le passé, les périodes de prix élevés ont eu tendance à favoriser une augmentation de l’offre, ce qui peut éventuellement exercer des pressions sur les prix et les bénéfices. Les valorisations actuelles suggèrent que certains des avantages anticipés par la hausse des prix du pétrole pourraient déjà être intégrés dans les cours boursiers, ce qui réduit les probabilités de surperformance future.

 

Conclusion : distinguer les manchettes des signaux du marché

Les périodes de forte incertitude peuvent être déstabilisantes, mais les marchés ont souvent démontré leur capacité à s’ajuster avant que la situation ne se dissipe entièrement. Attendre que la situation ne soit complètement résolue peut parfois priver le public investisseur des mouvements importants du marché. Bien que la hausse des prix du pétrole pose de véritables défis, les données historiques indiquent que son incidence sur l’ensemble de l’économie et des marchés pourrait être plus limitée que ce que les discours populaires laissent entrevoir. Dans un tel contexte, se concentrer sur ce qui a déjà été pris en compte, plutôt que de réagir uniquement aux manchettes, demeure une approche essentielle pour composer avec la volatilité des marchés.