Les portefeuilles s’adaptent à un monde plus volatil : perspectives d’Ilan Kolet – 6 avril 2026

Les portefeuilles s’adaptent à un monde plus volatil : perspectives d’Ilan Kolet – 6 avril 2026

Les périodes de tensions sur les marchés peuvent mettre à l’épreuve aussi bien la confiance du public que la construction des portefeuilles. Les conflits géopolitiques, l’inflation alimentée par la rareté de l’offre et l’évolution des politiques refaçonnent le contexte des placements et remettent en question des hypothèses établies depuis bien longtemps. Ilan Kolet, gestionnaire de portefeuille institutionnel et membre de l’équipe de répartition mondiale de l’actif de Fidelity, explique comment il fait face à l’incertitude actuelle en misant sur la rigueur, la flexibilité et une approche fondée sur la recherche.


Voici quelques-uns des points à retenir.

Une incertitude provoquée par des perturbations de l’offre

La volatilité actuelle s’explique moins par une diminution de la demande que par des perturbations de l’offre. Le conflit en cours au Moyen-Orient et les contraintes entourant le détroit d’Ormuz ont contribué à resserrer les marchés mondiaux de l’énergie, alimentant l’inflation et exerçant des pressions sur les marchés boursiers et obligataires. Même si les marchés tentent souvent d’anticiper la résolution de ces événements, notre expert a insisté sur le fait qu’il est difficile de prédire avec confiance la durée des perturbations qui affectent l’offre. Plutôt que de réagir aux manchettes, l’équipe se concentre sur l’inflation et la croissance à moyen et à long terme afin de déterminer les répercussions sur la structure du portefeuille.

 

Un nouveau regard sur les actions canadiennes

L’un des plus gros changements apportés au portefeuille concerne le Canada. Après avoir maintenu une sous-pondération pendant plus d’une décennie, l’équipe de répartition mondiale de l’actif a rajouté des actions canadiennes l’an dernier et surpondère désormais cette catégorie pour la première fois depuis de nombreuses années. Ce changement s’explique par la structure du marché canadien. Environ 38 % des actions canadiennes sont liées aux secteurs des ressources et de l’énergie, ce qui confère au marché une sensibilité directe aux marchandises et à l’inflation. Dans un contexte marqué par des contraintes liées à la chaîne d’approvisionnement et une hausse des coûts des intrants, cette exposition prend de plus en plus d’importance. M. Kolet a fait remarquer que les décisions de répartition de l’actif sont toujours prises en termes relatifs, en comparant le Canada aux occasions offertes parmi les actions mondiales, les titres à revenu fixe et les actifs non traditionnels.

 

Les marchandises et l’évolution du contexte politique

Le rôle du Canada en tant qu’exportateur de marchandises fiable a ravivé son importance, notamment en raison des perturbations à l’échelle mondiale. La demande en énergie et en ressources naturelles continue de soutenir le marché pendant les périodes inflationnistes. L’équipe constate également des signes encourageants quant à l’amélioration du cadre budgétaire et réglementaire encadrant le développement des ressources au Canada par rapport à la décennie précédente. Bien que les progrès demeurent inégaux, ce contexte renforce une lecture plus constructive des moteurs traditionnels de croissance au Canada.

 

Le positionnement des devises comme levier actif

L’exposition aux devises contribue au rendement des fonds à multiples catégories d’actifs. Au cours de la dernière année, l’équipe a éliminé sa surpondération du dollar américain et affiche désormais une légère surpondération du dollar canadien. Ce changement reflète l’évolution des perspectives quant à la volatilité des politiques américaines ainsi que les craintes entourant l’indépendance de la Réserve fédérale. Dans un portefeuille diversifié, les devises sont considérées comme des composantes actives du risque et du rendement plutôt que comme des sous-produits passifs de la répartition de l’actif.

 

Repenser le portefeuille traditionnel 60/40

Bien que le modèle 60/40 demeure une référence bien connue, M. Kolet estime que sa version traditionnelle et statique n’est plus suffisante, car le contexte actuel exige une plus grande flexibilité. L’équipe de répartition mondiale de l’actif privilégie plutôt ce qu’elle décrit comme un fonds équilibré de nouvelle génération. Cette approche met l’accent sur la sélection réfléchie des gestionnaires, une diversification parmi les styles et les catégories d’actifs et la capacité d’ajuster la structure en fonction des conditions changeantes. L’évolution récente du portefeuille comprend notamment des répartitions sélectives dans des placements non traditionnels liquides et dans l’immobilier commercial privé, qui ont été intégrées à la suite de recherches approfondies.

 

Inflation, taux d’intérêt et prise de décisions rigoureuse

Dans l’évaluation de la politique monétaire, M. Kolet met de l’avant l’importance de la simplicité. L’inflation et le taux de chômage demeurent les principaux indicateurs qui orientent les décisions des banques centrales. Bien que l’inflation ait diminué par rapport aux sommets récents, elle demeure persistante, en particulier lorsque les pressions liées à l’offre se traduisent par des hausses des coûts du transport, de l’alimentation et des services. Dans ce contexte, la patience et la prise de décisions fondées sur des données demeurent essentielles pour bien gérer un portefeuille en période d’incertitude.

 

Conclusion : discipline et flexibilité dans un marché incertain

Dans un contexte caractérisé par des risques géopolitiques et une incertitude entourant l’inflation, M. Kolet rappelle l’importance de privilégier la discipline plutôt que les prévisions. En mettant l’accent sur la recherche, les occasions relatives et la flexibilité du portefeuille, l’équipe de répartition mondiale de l’actif vise à aider le public investisseur à composer avec la complexité des marchés tout en maintenant ses objectifs à long terme.