Comprendre l’histoire pour faire abstraction du bruit : analyse de Denise Chisholm – 5 mars 2026

Comprendre l’histoire pour faire abstraction du bruit : analyse de Denise Chisholm – 5 mars 2026

Alors que les enjeux géopolitiques ne cessent de faire les manchettes et que les prix du pétrole augmentent, l’incertitude est revenue au premier plan des conversations sur les marchés. Dans ce contexte, Denise Chisholm, directrice en chef, Stratégie de marché quantitative chez Fidelity, propose une analyse fondée sur les données de ce que l’histoire nous apprend sur les chocs géopolitiques, les risques inflationnistes et l’évolution des secteurs dominants. Plutôt que de se concentrer sur les grands titres du moment, elle met l’accent sur la durabilité, les probabilités et les points de départ, des facteurs qui ont façonné à plusieurs reprises les résultats du marché au fil du temps.


Voici quelques-uns des points à retenir.

Les chocs pétroliers ne durent pas toujours

La hausse des prix du pétrole, dans un contexte de préoccupations renouvelées concernant l’approvisionnement énergétique mondial, a de nouveau soulevé des questions sur l’inflation et les politiques des banques centrales. Bien que les événements géopolitiques puissent entraîner des mouvements marqués sur les marchés pétroliers, l’histoire nous apprend que ces chocs sont souvent temporaires. Fait important, les crises géopolitiques ne se répercutent pas toujours sur le pétrole, et même lorsque c’est le cas, les flambées de prix se traduisent rarement par une inflation soutenue ou par des changements à long terme dans la politique de la Réserve fédérale américaine (la Fed).

Des événements passés, comme la guerre du Golfe et l’invasion de l’Ukraine par la Russie, mettent en évidence la rapidité avec laquelle les prix du pétrole peuvent évoluer dans les deux sens. Lorsque les hausses de prix ne sont pas durables, elles sont moins susceptibles de se répercuter sur les mesures d’inflation sous-jacentes que les banques centrales surveillent de près lorsqu’elles établissent leurs politiques.

 

Un contexte énergétique très différent de celui des années 1970

Le marché actuel de l’énergie est structurellement différent de celui de l’époque des embargos pétroliers des années 1970 et 1980. L’offre mondiale de pétrole était alors dominée par un petit groupe de pays exportateurs traditionnels. Aujourd’hui, la production de pétrole des économies développées a augmenté, tout particulièrement aux États-Unis, et est comparable à celles de ces exportateurs, en grande partie en raison de l’expansion de l’exploitation du schiste aux États-Unis.

D’après les données historiques suivies par Mme Chisholm, les États-Unis se distinguent désormais comme un exportateur net d’énergie, un changement majeur par rapport aux décennies précédentes. En même temps, les consommateurs consacrent une part beaucoup moins importante de leur revenu aux biens et services énergétiques qu’autrefois. Les chocs pétroliers affectent donc l’économie de façon différente, surtout aux États‑Unis.

 

Les actions internationales et le défi des valorisations bon marché

Sur le plan régional, les actions internationales sont souvent perçues comme intéressantes en raison de leurs valorisations plus faibles. Le problème est que, par le passé, les valorisations bon marché à elles seules n’ont pas toujours été suffisantes. En Europe, en particulier, des prix plus bas reflètent souvent des capacités bénéficiaires plus faibles, plutôt que de véritables occasions, avec un risque constant de piège de valeur.

L’élan des bénéfices continue de favoriser les États-Unis, tandis que les tendances en Europe et, dans une moindre mesure, au Japon, demeurent plus stagnantes. La dynamique de l’énergie pourrait compliquer davantage la situation, augmentant la probabilité que les valorisations n’offrent pas un soutien significatif à elles seules.

 

Les hausses du secteur de l’énergie ne sont pas toujours durables

Même si les prix du pétrole augmentent, l’énergie ne s’impose pas automatiquement comme un secteur dominant à long terme. Par le passé, les prix du pétrole ont souvent chuté au cours des 12 mois qui ont suivi les crises énergétiques, et les titres énergétiques ont eu tendance à afficher un rendement inférieur au cours de cette même période.

Cette situation crée une « probabilité asymétrique », c’est-à-dire que l’augmentation des cours coïncide souvent avec des chocs plutôt qu’avec des paramètres fondamentaux durables. Bien que des gains à court terme puissent être réalisés, l’histoire montre que poursuivre les hausses du secteur énergétique n’a pas porté ses fruits de manière fiable sur des horizons plus longs.

 

Les replis du secteur technologique et l’importance des points de départ

Le secteur des technologies de l’information a également subi des pressions, mais les récents replis ont ramené les valorisations à des niveaux relativement bas sur le plan historique, avec des points de départ autour du 38e percentile. Dans cette optique, il devient plus difficile de qualifier le secteur de bulle.

L’histoire indique que des réinitialisations de valorisation semblables ont amélioré le profil risque/rendement du secteur au cours des 12 mois suivants, même pendant les périodes où les paramètres fondamentaux se sont affaiblis. Les probabilités ne sont pas des garanties, mais les points de départ sont importants, en particulier lorsque les prix reflètent déjà une grande partie des préoccupations.

 

Un décalage rare dans le domaine des logiciels et un cycle de renouvellement

Dans le secteur technologique, les logiciels se démarquent. Les marges d’exploitation demeurent exceptionnellement élevées, tandis que les valorisations prévisionnelles relatives sont étonnamment basses, un décalage rarement observé tous secteurs et périodes confondus.

Cette dynamique s’inscrit dans un schéma plus large de destruction créatrice. Le secteur technologique s’est réinventé à plusieurs reprises au fil des cycles, les anciens modèles cédant la place à de nouveaux. Bien que certaines sociétés ne survivent pas, d’autres émergent et le secteur a souvent démontré sa capacité à se réinitialiser et à s’adapter après des périodes de perturbation.

 

Perspectives sectorielles : les forces et les faiblesses

Les secteurs les plus prometteurs selon Mme Chisholm :

  1. Industrie : Ce secteur est appuyé par les signes d’une reprise manufacturière durable, avec un intérêt particulier pour les machines et les transports, tant du point de vue des valorisations que du cycle économique.
  2. Produits financiers : Les valorisations procurent un degré de soutien qui peut limiter les baisses et améliorer le rapport risque/rendement, malgré les incertitudes liées au crédit privé.
  3. Consommation discrétionnaire : En particulier l’habitation et les constructeurs résidentiels, qui ont traversé un ralentissement progressif, une grande partie des mauvaises nouvelles étant déjà intégrée aux valorisations.

Les secteurs les moins prometteurs selon Mme Chisholm :

  1. Produits de première nécessité : Secteur traditionnellement défensif, mais moins intéressant dans le contexte actuel.
  2. Services collectifs : Un autre secteur défensif qui semble moins attrayant en raison de la dynamique actuelle.
  3. Énergie : Ce secteur reflète les tendances historiques à la suite des hausses des prix du pétrole.

 

Conclusion : les données historiques permettent de garder une longueur d’avance

Il est rare qu’un point de rupture unique définisse la trajectoire des marchés. Ceux-ci ont plutôt tendance à traverser les chocs qui font grimper l’incertitude sans faire dérailler les tendances à long terme. Bien que la peur puisse s’intensifier sur les marchés boursiers durant ces périodes, les marchés des titres de créance sont souvent demeurés plus stables. L’histoire suggère que, dans un tel contexte, les marchés peuvent progresser malgré un climat d’inquiétude. Autrement dit, Mme Chisholm croit que le scénario le plus probable n’est ni exceptionnel ni catastrophique.