La volatilité des marchés à travers l’histoire d’après Denise Chisholm – 26 mars 2026

La volatilité des marchés à travers l’histoire d’après Denise Chisholm – 26 mars 2026

Les marchés naviguent une fois de plus dans un contexte familier de tensions géopolitiques, de hausse des prix du pétrole et d’anxiété élevée. Sous le poids des manchettes, la volatilité semble s’acharner et les questions sur la suite des choses se font de plus en plus pressantes. Mais l’histoire nous rappelle que la peur n’a pas toujours le dernier mot. Denise Chisholm, directrice en chef, Stratégie de marché quantitative chez Fidelity, explique comment les marchés ont réagi par le passé aux chocs géopolitiques et aux flambées des prix de l’énergie et pourquoi la résilience pourrait l’emporter dans le contexte actuel.


Voici quelques-uns des points à retenir.

Historique des comportements des marchés boursiers en périodes de tensions géopolitiques

Les périodes de conflit géopolitique et de volatilité des prix du pétrole provoquent souvent de vives réactions sur les marchés. Cependant, les données historiques montrent que les marchés boursiers ont souvent bien résisté durant ces épisodes. En examinant les conflits passés, on constate que les marchés boursiers ont dégagé des rendements moyens d’environ 8 % au cours de l’année suivant le début du conflit et que ces derniers ont augmenté environ 70 % du temps, ce qui correspond globalement aux moyennes à long terme. Bien que des corrections de marché et des récessions puissent survenir, le risque géopolitique ne se traduit pas automatiquement par une faiblesse prolongée des marchés boursiers. Souvent, les marchés intègrent rapidement la peur, mais la volatilité à court terme ne compromet pas nécessairement les résultats à long terme.

 

En quoi le choc pétrolier d’aujourd’hui est différent de celui des années 1970

L’une des questions centrales est de savoir si la hausse des prix du pétrole pourrait raviver une conjoncture stagflationniste comme celle des années 1970. Or, le contexte actuel semble différent d’un point de vue structurel.

Plusieurs changements observés depuis aident à expliquer cette différence :

  1. Les dépenses en énergie représentent aujourd’hui environ 3 % du revenu des ménages, contre environ 8 % dans les années 1970, ce qui témoigne d’importants gains en efficacité énergétique.
  2. Les États-Unis sont passés du statut d’importateur net de pétrole à celui d’exportateur net, principalement en raison de l’essor du pétrole de schiste.
  3. La dynamique mondiale de l’offre est plus équilibrée, ce qui réduit la sensibilité de l’économie aux chocs des prix du pétrole.

Pour ces raisons, la hausse des prix du pétrole a tendance à avoir un impact plus modéré et moins systématique sur la croissance économique qu’au cours des dernières décennies. Même à la suite du conflit entre la Russie et l’Ukraine, qui a provoqué l’un des chocs de l’offre les plus importants jamais observés, les États-Unis ont évité une récession.

 

Des facteurs compensatoires atténuent l’impact sur les consommateurs

Les chocs pétroliers ne se produisent pas en vase clos et leur impact dépend de l’ensemble du contexte économique. Bien que des prix de l’énergie plus élevés puissent exercer des pressions sur le budget des ménages, plusieurs facteurs compensatoires contribuent à atténuer les effets globaux. Parmi ces facteurs figurent des remboursements d’impôt et des réductions des retenues d’impôt, pour un allègement estimé à environ 150 milliards de dollars en chiffres annualisés. De plus, les réductions des tarifs douaniers applicables, d’environ 13 % à près de 8 %, pourraient apporter un autre allègement de 50 à 60 milliards de dollars. Bien que ces mesures compensatoires ne profitent pas à toutes les catégories de revenu de façon égale, elles aident à expliquer pourquoi les dépenses de consommation et l’activité économique sont demeurées relativement résilientes malgré la hausse des coûts du carburant.

 

Niveaux des prix du pétrole, durée et risque d’inflation

L’impact économique de la hausse des prix du pétrole dépend non seulement de son ampleur, mais aussi de sa durée. Par le passé, une destruction significative de la demande a été constatée lorsque les coûts de l’énergie atteignaient environ 5 % du revenu. Ce seuil a généralement été associé à des prix du pétrole se situant entre environ 135 $ et 150 $ le baril. Il est important de noter que ces niveaux doivent généralement persister pendant neuf à douze mois pour augmenter significativement la probabilité d’une inflation soutenue ou d’un risque de récession. Les chocs pétroliers de plus courte durée, soit de six mois ou moins, ont par le passé présenté moins de 50 % de chances d’entraîner des pressions inflationnistes prolongées. Compte tenu de ces comportements antérieurs, les récentes hausses des prix du pétrole, bien qu’elles soient notables, n’ont pas encore atteint les niveaux ou la durée généralement associés à des perturbations économiques plus larges.

 

Réactions passées des banques centrales aux chocs pétroliers

L’examen des données antérieures révèle que les hausses importantes des prix du pétrole ont souvent été associées à une probabilité plus faible de hausses des taux d’intérêt au cours des six mois suivants. Aux niveaux actuels des prix du pétrole, la probabilité historique d’une hausse des taux a été plus proche de 25 %. Des prix du pétrole plus élevés tendent à agir comme une taxe à la consommation. Lorsqu’une part plus importante du revenu est consacrée aux coûts énergétiques, il en reste moins pour les autres dépenses, ce qui peut limiter le risque d’inflation généralisée. Par conséquent, les banques centrales ont souvent choisi de faire abstraction des chocs inflationnistes causés par le pétrole plutôt que de réagir immédiatement avec un resserrement de la politique monétaire.

 

Décalage et comportements des marchés

Il y a un décalage entre la peur sur les marchés boursiers et les conditions sur les marchés du crédit. Alors que les marchés demeurent nerveux, les marchés du crédit continuent d’afficher relativement peu de signes de tensions, avec des conditions de financement stables et une croissance continue des prêts. Par le passé, ce type de décalage a souvent coïncidé avec une progression soutenue des marchés au fil du temps. L’un des plus grands risques est de réagir à la peur en réduisant l’exposition aux actions, ce qui peut diluer les rendements à long terme. Bien que les actions aient historiquement produit des rendements annuels moyens d’environ 8 %, nombreux sont ceux et celles qui obtiennent un rendement moindre de leurs placements en raison de décisions comportementales, comme vendre en période d’incertitude accrue et réintégrer le marché après qu’il se soit redressé.

 

Perspectives sectorielles de Mme Chisholm : secteurs les plus et les moins prometteurs

Secteurs les plus prometteurs :

  1. Les technologies de l’information, soutenues par des valorisations relatives faibles d’un point de vue historique et des thèmes durables liés à la productivité comme l’intelligence artificielle.
  2. L’industrie, portée par l’amélioration du contexte manufacturier et les signes d’un tournant économique.
  3. Les segments du secteur de la consommation discrétionnaire liés à l’habitation; ils ont déjà intégré un scénario économique plus difficile et ils pourraient bénéficier d’une stabilisation ou d’une baisse des taux d’intérêt au fil du temps.

Secteurs les moins prometteurs :

  1. L’énergie, en particulier après une forte hausse des prix et du rendement, les chocs pétroliers liés à l’offre ayant historiquement été suivis d’une sous‑performance relative.
  2. Les produits de première nécessité, dont le pouvoir de fixation des prix pourrait être sous pression.
  3. Les services collectifs, ayant déjà fait l’objet d’une hausse des prix, ils pourraient être moins attrayants si les marchés se stabilisent.

 

Conclusion : rester calme lorsque la peur domine

Les périodes de tensions géopolitiques et de volatilité des marchés peuvent sembler accablantes sur le coup. Cependant, l’histoire suggère que les marchés ont souvent su traverser ces chocs, même lorsque l’incertitude était élevée. Mme Chisholm a insisté sur le fait que le plus grand risque n’est pas la volatilité, mais la réaction à celle-ci. Il est plus facile de composer avec l’incertitude et de rester fidèle à ses objectifs à long terme si l’on tient compte du contexte historique et si l’on comprend l’importance de la durée et des compensations économiques, pourvu que l’on maintienne une certaine rigueur pendant les périodes de peur.