Comprendre les limites de l’inflation : analyse de Denise Chisholm – 25 juin 2026

Comprendre les limites de l’inflation : analyse de Denise Chisholm – 25 juin 2026

L’inflation demeure une préoccupation centrale pour le public investisseur, mais sa trajectoire pourrait s’avérer plus contenue que prévu. Les prix demeurent élevés, mais les facteurs sous-jacents qui alimentent l’inflation semblent différents dans le contexte actuel. Denise Chisholm, directrice en chef, Stratégie de marché quantitative chez Fidelity, met en lumière un changement clé : le marché de l’emploi tient bon, mais le pouvoir d’achat diminue. Cette dynamique redéfinit le cycle et influence à la fois les habitudes de consommation, les décisions des entreprises et les perspectives des investisseurs et investisseuses pour la suite des choses.

 

Voici quelques points à retenir de son analyse.  

Une inflation sans forte demande

L’inflation est généralement perçue comme le résultat d’une demande plus forte que l’offre de biens et de services. Dans le contexte actuel, ce n’est pas tout à fait le cas. Les revenus réels ont diminué, et même si les consommateurs disposent toujours de revenus, leur capacité de dépenser s’est affaiblie, ce qui crée une limite naturelle. Alors que les prix augmentent, les ménages ne sont plus en mesure d’absorber ces hausses indéfiniment, ce qui permet d’expliquer pourquoi l’inflation peine à gagner en vigueur. Le problème n’a toutefois pas disparu pour autant. Les coûts élevés se font toujours sentir, en particulier dans les secteurs de l’énergie et de l’habitation. Toutefois, en l’absence d’une croissance plus soutenue des revenus, le contexte ne favorise pas une reprise durable de l’inflation.

 

Un cycle inflationniste différent

Le cycle actuel diffère des périodes inflationnistes passées. Historiquement, la hausse des salaires suivait souvent celle des prix, ce qui permettait d’alimenter un effet de rétroaction. Cette dynamique ne s’est toutefois pas réalisée cette fois-ci. Le marché de l’emploi demeure solide, mais les salaires n’ont pas suivi la hausse des prix. Le pouvoir d’achat a chuté pour un large éventail de consommateurs. Il en résulte un contexte plus restreint, où les dépenses s’ajustent plutôt que de se contracter brusquement. Par ailleurs, l’absence d’un cycle axé sur la croissance des salaires réduit la probabilité que l’inflation s’installe de manière durable. C’est pourquoi la confiance des investisseurs s’est avérée faible, malgré la stabilité du marché de l’emploi.

 

Un pouvoir de fixation des prix inégal

L’inflation ne touche pas tous les secteurs de la même manière. Le pouvoir de fixation des prix varie, et ces écarts influencent déjà les résultats. Le secteur des technologies a démontré une plus grande capacité à maintenir ses prix, en raison de la demande qui demeure relativement résiliente dans certains segments. En revanche, les entreprises axées sur la consommation font face à une plus grande résistance. Lorsque les prix augmentent trop, les consommateurs ont tendance à s’ajuster en achetant des marques différentes, en réduisant leurs achats ou en reportant des dépenses. Dans certains cas, des entreprises ont même dû réviser des hausses précédentes de prix après avoir constaté un affaiblissement de la demande. De façon plus générale, les dépenses demeurent limitées. Lorsqu’un ménage dépense davantage dans un secteur, il tend à réduire ses dépenses ailleurs. Cet effet d’équilibrage contribue à limiter les pressions inflationnistes à l’échelle globale.

 

Les pressions sur l’offre et les signaux du marché

La dynamique de l’offre continue de jouer un rôle important, quoique ses effets ne soient pas toujours persistants. Les marchés de l’énergie en sont un bon exemple. Bien que les prix aient réagi aux perturbations de l’offre, les capacités sous-jacentes laissent présager une offre suffisante à plus long terme, ce qui pourrait exercer une pression sur les prix après des périodes de volatilité. Le secteur de l’habitation présente, pour sa part, une dynamique plus complexe. La hausse des taux hypothécaires a ralenti l’activité sur le marché, limitant la capacité à évaluer les prix en temps réel, ce qui s’est répercuté sur la mesure de l’inflation, en particulier dans les données liées au logement. Pour les décideurs, cette situation pose un défi. Certaines composantes de l’inflation dépendent des conditions de l’offre et réagissent peu aux fluctuations des taux d’intérêt, ce qui rend le portrait de l’inflation globale plus difficile à interpréter.

 

Des signes d’un cycle précoce

Malgré l’incertitude qui perdure, le cycle général du marché pourrait en être à un stade plus précoce que ce que plusieurs anticipent. Les bénéfices médians n’ont que récemment retrouvé leurs sommets antérieurs. Par le passé, ce type de reprise a souvent été suivie de plusieurs années d’expansion. Par ailleurs, les signes d’excès demeurent limités. Bien que certains segments du marché aient obtenu de bons résultats, il est difficile d’y voir une euphorie généralisée. En dehors de quelques secteurs, le contexte demeure relativement modéré. Cet aspect est important. Les cycles se terminent souvent lorsque des déséquilibres atteignent des niveaux insoutenables. Or, à l’heure actuelle, ces excès semblent plus contenus, ce qui pourrait indiquer une phase d’expansion plus longue.

 

Perspectives sectorielles de Mme Chisholm

D’un point de vue sectoriel, plusieurs secteurs se démarquent dans les conditions actuelles.

  • Les technologies de l’information continuent de dominer, soutenues par des bénéfices solides et des tendances durables, malgré une certaine volatilité.
  • L’industrie présente des occasions, en particulier sur le marché de l’habitation.
  • Les matériaux, dont le sous-secteur de l’acier, bénéficient de l’amélioration des flux de trésorerie disponibles.
  • Les segments liés au logement dans l’industrie et la consommation discrétionnaire peuvent également offrir des occasions à mesure que les conditions évoluent.

 

Conclusion : des signaux sous-jacents

Le contexte actuel est marqué par des avantages et des désavantages. L’inflation demeure élevée, mais la croissance du revenu réel plus faible limite sa capacité d’accélération. Par ailleurs, les inégalités en matière de fixation des prix et les pressions exercées sur l’offre créent un contexte plus fragmenté. Les risques persistent, en particulier en ce qui concerne l’inflation et les politiques. Pourtant, l’absence d’une demande soutenue et d’excès généralisé laisse présager un cycle potentiellement plus durable qu’anticipé. Malgré la complexité du contexte, une analyse prudente permet d’en dégager une lecture plus nuancée afin de mieux cerner la trajectoire des marchés.