Quand la crainte l’emporte sur les calculs : analyse de Denise Chisholm – 23 avril 2026
Les marchés demeurent confrontés à une incertitude élevée. En effet, malgré la résilience des cours boursiers, les craintes au sujet de l’inflation, des prix du pétrole et de la politique monétaire continuent de miner la confiance des investisseurs. Dans ce contexte, Denise Chisholm, directrice en chef, Stratégie de marché quantitative chez Fidelity, partage son point de vue concernant l’effet de l’incertitude sur les valorisations et les bénéfices du marché ainsi que les tendances historiques qui se dégagent de conditions similaires sur des horizons à plus long terme.
Voici quelques-uns des points à retenir.
Les valorisations reflètent la prudence des marchés
Pour ce qui est des chiffres qui sous-tendent les actions, Mme Chisholm remarque que les marchés semblent toujours intégrer la possibilité d’un atterrissage plus brutal que ce qui était prévu par la plupart en début d’année, même en l’absence d’une récession économique à ce jour. Elle souligne une compression généralisée des valorisations au cours des six derniers mois, tous les secteurs et facteurs étant concernés, mais particulièrement le secteur des technologies, alors que les prix évoluent en grande partie à l’horizontale et les bénéfices ne cessent de croître. Selon elle, cette distinction est importante parce que la compression des valorisations attribuable à l’amélioration des paramètres fondamentaux plutôt qu’à la baisse des prix modifie le profil risque/rendement. Elle fait remarquer que des périodes similaires ont souvent été suivies de gains sur le marché boursier, et ce, sur un horizon d’un an. Bien que les résultats ne soient jamais garantis, les marchés ont tendance à progresser la plupart du temps, y compris dans les cas où les bénéfices diminuent par la suite, ce qui témoigne de valorisations intégrant déjà un niveau de risque important.
Les tendances en matière de bénéfices ont permis de réduire l’incertitude
Malgré une prudence accrue, la croissance des bénéfices a été la principale source de soutien des marchés. Mme Chisholm note que la vigueur des bénéfices est évidente sur l’essentiel du marché, les technologies se distinguant comme un secteur où la compression des valorisations est presque entièrement attribuable à la hausse des bénéfices plutôt qu’à l’augmentation des prix. Elle souligne également l’amélioration des conditions dans d’autres secteurs, notamment l’industrie qui a bénéficié de la reprise manufacturière et la consommation discrétionnaire dont une partie est liée au logement, qui a fait preuve de résilience malgré la hausse des taux d’intérêt. D’après les calculs de Mme Chisholm, ces tendances en matière de bénéfices ont permis aux marchés de surmonter une série de difficultés sans subir de pressions baissières prolongées.
Trouver l’équilibre entre vents contraires et facteurs compensatoires
Les craintes au sujet des tarifs douaniers, des prix du pétrole et des politiques budgétaires continuent d’exercer une influence sur les attentes, mais Mme Chisholm centre son analyse en pesant les obstacles par rapport aux éventuelles compensations. Elle fait remarquer que les effets passés des tarifs douaniers représentaient une part relativement faible du revenu global des consommateurs et ont été en partie contrebalancés par la baisse des prix de l’énergie. Bien que la hausse actuelle des prix du pétrole constitue un nouveau frein, les remboursements d’impôt et la réduction des tarifs douaniers pourraient offrir un soutien aux entreprises et aux ménages. Ces compensations n’éliminent pas, à ses yeux, les pressions ni les désagréments, mais elles laissent supposer que le contexte actuel pourrait être plus facile à assimiler que les périodes d’inflation précédentes, comme les années 1970, ne pourraient le laisser croire.
L’inflation, la productivité et le rôle de la croissance
Dans ses perspectives, Mme Chisholm établit une distinction importante entre la croissance inflationniste et la croissance désinflationniste. Elle fait remarquer que la croissance des salaires a ralenti à un taux moyen inférieur à 4 %, dans un contexte d’amélioration de la productivité. Le nombre d’emplois salariés est demeuré largement stable malgré une hausse de la production, une combinaison qu’elle a décrite comme étant cohérente avec les gains de productivité qui, historiquement, ont eu davantage tendance à appuyer une dynamique désinflationniste qu’une inflation soutenue. Elle a également insisté sur le fait que ces améliorations ne passent pas par d’hypothétiques gains générés par l’intelligence artificielle, s’appuyant sur les données actuelles pour souligner une hausse déjà présente de la productivité. Même si les possibilités d’inflation ne sont pas nulles, elle a observé que les reprises ont plus souvent été désinflationnistes qu’inflationnistes.
L’approche concernant les marchés en période d’incertitude
Lors de périodes de forte incertitude, il peut être tentant de vouloir attendre des éclaircissements, mais Mme Chisholm souligne que, par le passé, les marchés ont eu tendance à atteindre un creux dans un contexte de mauvaises nouvelles plutôt qu’à la fin d’une phase d’incertitude. Selon elle, attendre un signal clair peut priver le public investisseur d’une partie de la reprise du marché. Bien que les risques de baisse subsistent et que les résultats soient incertains, la compression des valorisations et la résilience des bénéfices ont historiquement créé des conditions plus propices pour ceux et celles qui prolongent leur horizon temporel.
Analyses sectorielles de Mme Chisholm
Secteurs les plus prometteurs
- Technologies : Les technologies demeurent le secteur le plus prometteur, soutenu par la forte croissance des bénéfices et la compression des valorisations. Cette combinaison continue de démontrer le rôle des dirigeants dans le profil risque/rendement.
- Industrie : Le secteur bénéficie de la reprise manufacturière. Il n’est pas prévu que les prix du pétrole observés jusqu’à présent soient suffisants pour freiner cette reprise, d’où les perspectives sectorielles optimistes.
- Consommation discrétionnaire (constructeurs résidentiels) : Dans ce secteur, les constructeurs résidentiels restent intéressants. Malgré des valorisations historiques relativement faibles, cette sous-industrie a eu tendance à produire des rendements même en périodes de taux d’intérêt plus élevés ou de chômage élevé.
Secteurs les moins prometteurs
- Énergie : Le secteur de l’énergie semble intégrer des attentes très élevées après sa récente vigueur, ce qui le rend moins attrayant du point de vue de la valorisation.
- Secteurs défensifs : Les secteurs défensifs comme les produits de première nécessité et les services collectifs semblent également moins intéressants dans le contexte actuel.
Conclusion : Une analyse nuancée
Les conditions actuelles des marchés n’apportent pas de certitudes, d’autant que les risques n’ont pas disparu. L’analyse vise à comprendre ce que les marchés ont déjà pris en considération et comment les bénéfices, la productivité et les valorisations interagissent au fil du temps. Dans cette optique, la peur en elle-même devient un facteur et non un signal de prendre ses distances. Pour ceux et celles qui sauront faire preuve de rigueur et de patience, les calculs sous-jacents donnent à penser que l’incertitude actuelle pourrait encore offrir des occasions plutôt que de signaler la fin du cycle.