- Les chocs géopolitiques perturbent souvent l’humeur des marchés, mais ils changent rarement leur tendance à long terme.
- Ce n’est pas faute d’importance, mais parce que la plupart n’ont pas d’effet clair sur l’économie mondiale.
- Lorsque des chocs politiques se répercutent sur les marchés, c’est généralement par l’entremise des prix du pétrole.
- Si les prix du pétrole s’orientent à la baisse, cela pourrait soutenir la consommation et contribuer à maintenir l’inflation sur la bonne voie.
Le tournant du Venezuela et ses effets sur les marchés
Article de fond rédigé par nos partenaires aux États-Unis
Première publication : 6 janvier 2026
Denise Chisholm, directrice en chef, Stratégie de marché quantitative chez Fidelity, partage son point de vue sur les événements récents.
Les nouvelles en provenance du Venezuela sont marquantes et, pour plusieurs, préoccupantes. La dimension humaine est primordiale : la sécurité, les conditions de vie et la stabilité institutionnelle sont des enjeux concrets qui touchent de vraies personnes, ici et maintenant.
Ces situations donnent souvent l’impression que les marchés sont sur le point de subir un choc important. Pourtant, l’expérience historique montre que les événements géopolitiques, même marquants, ne se traduisent que rarement par des bouleversements du marché.
Voici un aperçu des raisons pour lesquelles les nouvelles du Venezuela s’inscrivent dans cette dynamique et pourquoi, malgré une incertitude mondiale bien réelle, les perspectives pour l’investissement restent favorables.
Pourquoi la géopolitique fait-elle rarement bouger les marchés?
Des décennies d’observations boursières indiquent que la plupart des chocs géopolitiques n’altèrent pas la trajectoire à long terme des actions.
Cela ne tient pas au fait que ces événements soient anodins, mais plutôt qu’ils ne créent pas, en général, le type d’impulsion économique susceptible de provoquer un changement durable sur les marchés (perturbation de la création de crédit, de la demande ou des bénéfices). Les transitions politiques, les sanctions, les manifestations ou même les conflits régionaux ont tendance à avoir un impact limité, sauf lorsqu’un vecteur comme les prix du pétrole amplifie leur influence sur l’économie mondiale.
Ce constat permet de mieux comprendre la situation actuelle au Venezuela. Malgré la couverture médiatique, il ne s’agit pas d’un choc susceptible de déstabiliser l’ensemble des marchés.
Même les grands conflits mondiaux, historiquement, n’ont pas entraîné les ruptures structurelles à long terme que beaucoup anticipaient. Les marchés ont tendance à réagir rapidement en intégrant les risques potentiels avant même qu’ils ne fassent les manchettes, puis à se concentrer sur les mécanismes économiques qui influencent réellement les bénéfices et la croissance, plutôt que sur l’événement géopolitique lui‑même.
Qu’est‑ce qui distingue — ou non — la situation du Venezuela?
Le facteur économique déterminant à surveiller est le pétrole. Et c’est précisément ce point qui apporte une dose de complexité.
Le Venezuela possède les plus importantes réserves prouvées de pétrole au monde, mais sa production a chuté de façon spectaculaire au cours des deux dernières décennies. D’un niveau qui dépassait trois millions de barils par jour, elle plafonne désormais à près d’un million, lors des mois les plus favorables. Le vieillissement des infrastructures, l’assèchement des investissements étrangers et une longue série de défis opérationnels ont laissé des traces durables.
Bien que le Venezuela dispose d’immenses réserves pétrolières, sa contribution actuelle à la production mondiale demeure minime, soit moins de 1 %. L’effet potentiel d’un choc lié à ce pays s’en trouve donc fortement atténué.
Voici la nuance : advenant un retour à une conjoncture politique plus stable et à un regain d’investissement étranger, le Venezuela pourrait relever son niveau de production pétrolière. Rien n’assure toutefois un tel dénouement et il ne surviendrait pas du jour au lendemain. Même dans un scénario optimiste, une hausse marquée prendrait des années.
Or les marchés, eux, sont surtout tournés vers l’avenir. Selon mes recherches, le prix du pétrole a tendance à anticiper toute hausse future de l’offre, bien avant qu’elle ne se matérialise sur le marché. En conséquence, même si la production vénézuélienne ne devait progresser de façon tangible qu’à partir de 2028, une révision des prix pourrait survenir bien plus tôt.
Implications pour l’inflation, la Fed et la consommation
Le pétrole demeure l’une des principales causes de l’inflation à long terme. Comme de nombreux secteurs, notamment le transport, la fabrication et la logistique, dépendent de cette ressource, il est presque impossible de maintenir une désinflation durable lorsque les coûts énergétiques sont élevés.
Si la situation au Venezuela laisse présager une hausse future de l’offre, même sur un horizon de quelques années, les prix du pétrole pourraient rester plus modérés qu’ils ne l’auraient été autrement, créant un effet désinflationniste. Une baisse du prix du pétrole se traduirait par un gain concret pour les ménages, comparable à un allègement fiscal.
Un tel appui désinflationniste pourrait offrir à la Fed suffisamment de marge de manœuvre pour abaisser de nouveau les taux d’intérêt, ce qui contribuerait à soutenir l’économie dans son ensemble et profiterait notamment aux banques et aux petites entreprises, plus sensibles à la dynamique des taux.
Cependant, aucun de ces scénarios n’est garanti. Malgré la réaction étonnamment discrète du marché cette semaine, un élément m’a particulièrement frappé : les écarts de crédits se sont resserrés. Les écarts de crédit correspondent à la majoration de taux exigée par les investisseurs pour se prémunir contre un éventuel défaut. Quand ces écarts diminuent, c’est souvent le signe que les investisseurs obligataires prévoient une économie plus solide plutôt qu’une détérioration des conditions. De fait, les écarts de crédits ont historiquement offert une lecture plus fiable des risques économiques que les craintes liées à la géopolitique.
Ce que cela signifie pour les marchés
L’une des difficultés récurrentes pour le public investisseur, c’est la sensation que l’actualité commande d’agir sans attendre. Or, lorsqu’on regarde le passé, on constate que :
- les décisions prises en réaction aux manchettes portent rarement fruit;
- les marchés anticipent souvent les nouvelles avant qu’elles ne tombent;
- on se laisse facilement absorber par les risques à l’horizon et, ce faisant, on passe à côté des courants favorables qui viennent rééquilibrer la donne.
Dans l’ensemble, les marchés américains entament 2026 dans une position solide. (Pour en savoir plus, lisez les perspectives complètes de Fidelity pour 2026.) Les attentes de bénéfices restent élevées, les baisses d’impôt et de taux donnent un élan supplémentaire, et les marchés boursiers poursuivent sur leur lancée.
Le tableau n’est pas entièrement dégagé : citons notamment le marché de l’emploi affaibli, la reprise irrégulière et les nouvelles du Venezuela qui s’ajoutent à une atmosphère déjà chargée d’incertitudes géopolitiques. À condition de se concentrer sur les données et non sur le bruit ambiant, l’incertitude n’a rien d’un handicap : elle crée même souvent un terrain propice pour les investisseurs et investisseuses.Des conditions un peu incertaines sont souvent plus payantes pour les investisseurs qu’un contexte idéal. En effet, les périodes « parfaites » favorisent les excès et les emballements, voire les bulles. L’incertitude, elle, tempère ces élans et peut même prolonger les cycles d’expansion économique.
Les marchés savent progresser même quand le climat est chargé. Sans écarter les nouvelles, il vaut mieux éviter de laisser les manchettes dicter des décisions qui compromettent notre plan à long terme.