Échec des négociations commerciales, mais maintien du positionnement : analyse d’Ilan Kolet – 25 août 2026
La rupture des négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis marque une escalade importante d’une situation qui dure depuis plus d’un an. Selon Ilan Kolet, gestionnaire de portefeuille institutionnel et membre de l’équipe de répartition mondiale de l’actif de Fidelity, les événements récents concordent avec les thèmes que l’équipe a mis de l’avant dans ses recherches et le positionnement de son portefeuille.
Voici quelques-uns des sujets abordés.
Ce qui s’est passé à la table de négociation
Depuis plus d’un an, le Canada et les États-Unis négocient un renouvellement de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique, leur accord de libre-échange. Le 1er juillet dernier, les États-Unis ont refusé de prolonger l’accord dans sa forme actuelle, ce qui a mené à des rondes de négociations plus difficiles. Bien que les pourparlers avaient semblé progresser au cours des dernières semaines, ils ont avorté vendredi soir, lorsque les États-Unis ont proposé de nouvelles conditions que le premier ministre Mark Carney a qualifiées d’injustes et inacceptables d’un point de vue économique. Les négociateurs canadiens sont ensuite rentrés à Ottawa sans avoir conclu d’accord. Peu après minuit, les États-Unis ont imposé un tarif douanier de 50 % sur environ 20 milliards de dollars de biens canadiens, y compris les produits laitiers, l’alcool et les matériaux de construction. En réponse, le Canada a annoncé des tarifs douaniers équivalents. Ceux-ci devraient entrer en vigueur le 8 septembre et cibler notamment l’acier, les produits laitiers et l’électronique. M. Kolet a souligné que, selon les médias, les négociations ne devraient pas reprendre de sitôt, ce qui signifie que le conflit pourrait se prolonger.
Une prise de distance à plus long terme par rapport aux États-Unis
Bien que l’échec des pourparlers représente une véritable escalade, cette situation ne change pas la tendance générale que l’équipe surveille depuis plus d’un an. L’été dernier, l’équipe a conclu que la prise de distance par rapport aux États-Unis n’était pas un phénomène temporaire, mais plutôt un changement structurel durable. À l’automne, elle avait relevé aussi des préoccupations quant à l’influence politique grandissante exercée sur les institutions des États-Unis, tout en adoptant une perspective plus constructive à l’égard du Canada, et ce, malgré la faiblesse persistante de l’économie nationale. Ces points de vue ont contribué à façonner l’approche de l’équipe en matière de positionnement de portefeuilles.
Renforcer la résilience grâce à la diversification
La décision de l’équipe de diversifier ses placements en s’éloignant du billet vert et des actifs américains en est un exemple, une stratégie mise en œuvre depuis le début de l’année. Selon M. Kolet, au lieu de réagir aux événements récents, l’équipe a positionné les portefeuilles de façon à ce qu’ils soient résilients dans de tels scénarios. Il a décrit le conflit commercial comme étant le type de choc géopolitique auquel l’équipe cherche à se préparer au moyen d’une exposition aux marchandises et à l’or.
Le rôle des marchandises et de l’or
L’équipe a maintenu une exposition aux marchandises et à l’or dans le cadre de son approche de gestion de l’incertitude géopolitique. M. Kolet a noté que, lorsque les relations commerciales sont perturbées, les actifs tangibles peuvent mieux préserver leur valeur que les promesses financières. Pour cette raison, les marchandises et l’or ont été utilisés comme couvertures potentielles contre les risques associés aux chocs géopolitiques et commerciaux. Les événements récents sont un exemple du type de contexte que l’équipe avait à l’esprit lorsqu’elle a établi ces positions.
Pourquoi les perspectives du Canada n’ont pas changé
Malgré les défis à court terme engendrés par le conflit commercial, la vision globale de l’équipe à l’égard du Canada demeure inchangée. L’équipe estime que le Canada pourrait approcher d’un point d’inflexion, soutenu par la forte demande de marchandises et par un contexte qu’elle juge de plus en plus attrayant pour les capitaux mondiaux, alors que le pays s’efforce de réduire sa dépendance aux États-Unis. Cela dit, un différend commercial prolongé représenterait un obstacle important à court terme. Toutefois, M. Kolet ne croit pas que cette situation compromette les perspectives à long terme du Canada. Il estime plutôt qu’elle met en évidence l’importance des efforts du pays visant à réduire sa dépendance envers les États-Unis.
Conclusion : la résilience plutôt que la réaction
L’escalade des tensions commerciales est un élément important et l’équipe en assure le suivi étroit. Cependant, M. Kolet ne considère pas qu’il y ait lieu d’abandonner le positionnement déjà en place. Il a plutôt affirmé que la structure actuelle des portefeuilles a été pensée en tenant compte de ce type d’incertitude, notamment grâce à une diversification hors des actifs américains et à une exposition aux marchandises et à l’or. Pour l’équipe, les événements récents rappellent l’importance de renforcer la résilience des portefeuilles avant que l’incertitude ne s’intensifie.