Des marchés soutenus par des paramètres fondamentaux solides et la croissance des bénéfices : analyse de Jurrien Timmer – 25 mai 2026
Les marchés boursiers ont poursuivi leur progression, soutenus par des fondamentaux sous-jacents solides. La croissance des bénéfices demeure robuste, les projections sont rapidement révisées à la hausse, tandis que les marges d’exploitation atteignent de nouveaux sommets et que les conditions de crédit demeurent stables. Jurrien Timmer, directeur en chef, Macroéconomie mondiale chez Fidelity, a expliqué comment ces facteurs continuent de soutenir le rendement du marché. Plutôt que de se concentrer uniquement sur les indices, il recentre l’attention sur les moteurs les plus importants : la croissance des bénéfices et ce que les investisseurs sont prêts à payer pour ces bénéfices. Ensemble, ces facteurs influencent l’orientation globale du marché.
Voici quelques-uns des sujets abordés.
Pourquoi ce cycle semble différent des bulles passées
Les comparaisons avec la fin des années 1990 sont fréquentes, notamment en raison de l’engouement croissant pour l’intelligence artificielle (IA). Cependant, le contexte actuel semble davantage fondé sur les facteurs fondamentaux. Lors de la bulle technologique, les cours du marché ont largement dépassé les bénéfices sous-jacents. Aujourd’hui, les marges plus élevées, la solide croissance des bénéfices et la stabilité des conditions de crédit indiquent que les valorisations correspondent davantage aux facteurs fondamentaux. Les risques demeurent présents, mais le contexte de départ est différent des cycles passés.
L’enthousiasme suscité par l’IA demeure fort, mais les attentes sont élevées
Les occasions liées à l’IA continuent de capter l’intérêt du public investisseur. Cependant, la concurrence accrue dans le positionnement a rendu le contexte de hausse potentielle plus difficile. Lorsque les attentes sont élevées, les entreprises doivent souvent dépasser constamment les prévisions pour maintenir leur élan. Au fil du temps, cela peut devenir plus difficile. Le thème demeure pertinent, mais on pourrait voir des périodes de rendement plus modéré ou de volatilité accrue.
Les taux d’intérêt demeurent une variable importante
Bien que les paramètres fondamentaux demeurent favorables, les taux d’intérêt ont de plus en plus d’influence sur les résultats du marché. Les taux obligataires ont grimpé, les taux américains à 10 ans approchant des niveaux qui rivalisent plus directement avec les actions. À mesure que les taux augmentent, ils peuvent exercer des pressions sur les valorisations, l’attrait relatif des rendements sans risque étant réévalué. Si les taux continuent d’augmenter, les valorisations pourraient s’ajuster à la baisse. Par exemple, une hausse autour de 5 % pourrait correspondre à une réduction des ratios de valorisation des actions. Toutefois, cela ne se traduit pas nécessairement par une baisse équivalente des cours du marché, car la croissance continue des bénéfices pourrait compenser une partie de ces pressions.
Le lien croissant entre les actions et les obligations
À mesure que les taux augmentent, la relation entre les actions et les obligations évolue aussi. Les deux catégories d’actifs sont de plus en plus étroitement corrélées, de sorte que les mouvements dans l’une sont plus susceptibles d’influencer l’autre. Cela reflète une dynamique simple. Lorsque les taux obligataires augmentent, les titres à revenu fixe deviennent plus concurrentiels et les actions pourraient devoir s’ajuster. Par conséquent, les fluctuations du marché obligataire peuvent avoir une incidence plus directe sur le rendement boursier que pendant les périodes où les deux évoluaient de façon plus indépendante.
Les marchandises et l’inflation comme catalyseurs potentiels
Les marchandises demeurent un secteur important à surveiller. Les hausses des prix du pétrole et d’autres intrants peuvent influencer les attentes d’inflation, ce qui a une incidence sur les taux obligataires. On observe actuellement une certaine divergence entre les prix des marchandises et les attentes d’inflation. Si cet écart se rétrécit, cela pourrait entraîner un regain des pressions sur les marchés obligataires. Dans ce scénario, des taux plus élevés pourraient de nouveau se répercuter sur les valorisations boursières.
Un contexte de diversification en transformation
À mesure que les corrélations entre les actions et les obligations augmentent, la diversification traditionnelle pourrait devenir moins efficace. Cette tendance a suscité un intérêt accru pour les actifs qui se comportent différemment selon les conditions du marché. Les marchandises, les liquidités et les autres stratégies non traditionnelles ont toujours offert des avantages en matière de diversification. Bien que les résultats puissent varier, une exposition plus large peut aider à équilibrer les portefeuilles lorsque les actions et les obligations subissent des pressions.
Une dimension mondiale à la hausse des taux
La hausse des taux ne se limite pas à une seule région. Les marchés obligataires de plusieurs grandes économies subissent des pressions à la hausse similaires, ce qui témoigne d’une tendance mondiale plus large. Cette situation laisse croire que ce phénomène n’est pas seulement lié à des facteurs spécifiques à un pays. Il s’agit plutôt d’un changement systémique qui pourrait influencer les marchés à travers les régions et les catégories d’actifs.
Pétrole, géopolitique et sensibilité aux marchés
Les événements géopolitiques, en particulier ceux qui touchent les marchés de l’énergie, demeurent un facteur d’influence important. Les fluctuations des prix du pétrole peuvent alimenter les attentes d’inflation et les taux obligataires. Si les prix du pétrole devaient se stabiliser ou baisser, cela pourrait atténuer certaines pressions. Les marchés pourraient alors se concentrer davantage sur les paramètres fondamentaux sous-jacents, y compris la croissance des bénéfices et le rendement des sociétés.
Possible retour d’un élargissement de la participation au marché
Les gains récents ont été portés par un groupe restreint de grandes sociétés. Cependant, on observe des signes d’un élargissement de la participation au marché. Si les conditions se stabilisent, certains secteurs et régions pourraient contribuer au rendement. Un environnement de marché plus équilibré se profilerait, plutôt qu’un marché tiré principalement par un petit groupe de sociétés dominantes.
Conclusion : surveiller la suite des événements
Le contexte actuel du marché reflète une combinaison de paramètres fondamentaux solides et de risques en évolution. La croissance des bénéfices, les marges bénéficiaires et les conditions de crédit continuent de favoriser les actions, tandis que la hausse des taux d’intérêt et les corrélations changeantes ajoutent de nouveaux éléments à prendre en compte. Il est probable que l’équilibre entre ces forces demeure important. L’évolution des marchés obligataires, de l’inflation et du secteur des marchandises pourrait continuer d’influencer la réaction des marchés au cours de la période à venir.