Allier l’essor de l’IA et les occasions offertes par l’ensemble du marché : analyse de Jurrien Timmer – 6 juillet 2026

Allier l’essor de l’IA et les occasions offertes par l’ensemble du marché : analyse de Jurrien Timmer – 6 juillet 2026

L’intelligence artificielle (IA) demeure l’un des principaux moteurs de la progression actuelle des marchés. Toutefois, selon Jurrien Timmer, directeur en chef, Macroéconomie mondiale chez Fidelity, il reste à voir si la croissance des bénéfices continuera de répondre aux attentes. Bien que l’enthousiasme à l’égard de l’IA demeure élevé, notre expert fait remarquer que les valorisations du secteur des semi-conducteurs continuent d’être soutenues par une forte croissance des bénéfices. À son avis, l’enjeu n’est pas d’éviter l’essor de l’IA, mais plutôt de trouver un équilibre grâce à la diversification.

 

Voici quelques-uns des sujets abordés tirés de son commentaire.

Les bénéfices demeurent au cœur de la dynamique des marchés

La forte croissance des bénéfices demeure l’une des principales raisons expliquant la progression continue des marchés. M. Timmer souligne que les bénéfices continuent de croître d’environ 30 % d’une année à l’autre, un taux qu’il juge inhabituel au milieu d’un cycle économique. Il fait également remarquer la hausse marquée des bénéfices prévisionnels sur 12 mois de l’indice S&P 500, de 247 $ au début du marché haussier à 422 $ aujourd’hui. Cette croissance a contribué à maintenir le ratio cours/bénéfice du marché autour de 22, ce qui, selon notre expert, a permis de contenir les valorisations. Les prochains rapports sur les bénéfices seront déterminants pour évaluer si la tendance perdure. Il surveille notamment les signes que les investissements liés à l’IA vont au-delà des plus grandes sociétés technologiques et s’étendent à d’autres secteurs de l’économie.

 

Une exposition à l’IA ne signifie pas une concentration

Il n’est peut-être pas nécessaire de choisir entre participer à l’essor de l’IA et maintenir un portefeuille diversifié. Notre expert constate que certains secteurs qui ne sont pas liés à l’IA ont récemment affiché un comportement différent de celui des titres associés à ce thème. Dans certains cas, ces secteurs ont progressé alors que l’ensemble du marché était sous pression. Cette dynamique qu’il décrit comme en « haltère » comprend d’un côté, les occasions de croissance associées à l’intelligence artificielle et à la demande de semi-conducteurs et de l’autre, des secteurs susceptibles d’apporter un équilibre au portefeuille, notamment les produits financiers et l’énergie. M. Timmer cite les banques européennes comme un segment qui a récemment offert à la fois une diversification et des rendements solides. Selon lui, cette vigueur s’explique par des initiatives favorables aux actionnaires, comme les rachats d’actions et le versement de dividendes, ainsi que par l’amélioration des bilans des banques.

 

La participation au marché s’est élargie

Au-delà des sociétés liées à l’IA, les signes d’une participation plus large commencent à se manifester. M. Timmer souligne la vigueur des marchés émergents, des actions à petite capitalisation, des actions de valeur à petite et à grande capitalisation ainsi que des fiducies de placements immobiliers (FPI). Cette situation est, à son avis, assez encourageante puisque les « sept magnifiques » ont essentiellement évolué de manière latérale plutôt que de connaître un recul marqué. D’autres segments du marché ont ainsi pu rattraper leur retard sans exercer de pressions importantes sur l’indice dans son ensemble. À son avis, ce type d’élargissement est préférable à un contexte où le leadership de marché change uniquement parce que les titres dominants sont en baisse.

 

La prochaine phase d’adoption de l’IA mérite une attention particulière

Bien que les géants technologiques continuent d’investir massivement dans les infrastructures d’IA, M. Timmer estime que la prochaine phase de développement à ce chapitre pourrait dépendre de l’adoption de l’IA par d’autres secteurs d’activité. Il cite notamment le secteur des produits financiers qui pourrait en bénéficier, indiquant que les banques disposent d’importantes quantités de données et qu’elles pourraient améliorer leur efficacité grâce aux applications d’IA. Il observe également que plusieurs grandes sociétés technologiques consacrent davantage de liquidités aux dépenses en immobilisations, laissant ainsi moins de capital disponible pour les rachat d’actions.

 

Les politiques et les taux d’intérêt demeurent des facteurs de risque

La politique monétaire demeure un facteur important à surveiller. M. Timmer estime que le ton récemment adopté par la Réserve fédérale américaine (la « Fed ») a été restrictif, mais il ne croit pas que le nouveau président de l’institution cherche à resserrer inutilement la politique monétaire. Selon lui, la Fed pourrait tenter d’influencer les conditions financières au moyen de ses communications plutôt qu’en s’appuyant uniquement sur des hausses de taux d’intérêt. Il fait également remarquer que le risque lié aux taux d’intérêt demeure présent, y compris la possibilité que les taux remontent vers 5 %. Cependant, il ajoute qu’une forte croissance des bénéfices pourrait contribuer à compenser une partie des pressions exercées sur les valorisations qu’une hausse des taux pourrait engendrer.

 

L’or a fait face à des difficultés à court terme

Selon notre expert, l’or s’est récemment montré moins efficace comme outil de diversification qu’il ne l’a été par le passé. M. Timmer attribue cette situation en partie au ralentissement de la croissance des liquidités mondiales et au mouvement spéculatif de capitaux vers les semi-conducteurs et les investissements liés à l’IA. Il fait aussi remarquer que l’or semble survendu par rapport à certaines mesures de la masse monétaire, ce qui pourrait en faire une option intéressante comme stratégie d’accumulation. Il ajoute toutefois qu’il ne voit pas de catalyseur susceptible de provoquer un renversement de cette tendance pour l’instant.

 

Conclusion : un regard équilibré sur un marché mené par l’intelligence artificielle

La progression des marchés alimentée par l’IA continue d’être soutenue par la croissance des bénéfices, tandis que les prochains rapports sur les bénéfices pourraient permettre de mieux évaluer si la demande liée à l’IA s’étend désormais à d’autres secteurs. Parallèlement, la diversification demeure un thème important. Certains segments, comme celui des actions non liées à l’IA et des banques européennes, ont récemment affiché un comportement différent de celui des géants technologiques, offrant ainsi un équilibre potentiel au sein d’un marché de plus en plus défini par la croissance portée par l’IA.