Comprendre les moteurs du marché en 2026 : une analyse de Jurrien Timmer – 5 janvier 2026
Jurrien Timmer, directeur en chef, Macroéconomie mondiale chez Fidelity, a partagé ses perspectives pour l’année à venir, soulignant que plusieurs thèmes de 2025 se poursuivent en 2026. Il a discuté notamment du leadership des actions mondiales, du risque de concentration, de la dynamique des valorisations, des tendances des monnaies et des conséquences liées aux événements géopolitiques.
Voici quelques-uns des sujets abordés.
Les secteurs du pétrole et des marchandises
Le pétrole continue de jouer un rôle important au sein du secteur des marchandises, alors que les prix se maintiennent autour de 58 $ le baril. Les récents événements au Venezuela, qui détient certaines des plus importantes réserves pétrolières mondiales, soulèvent de nouvelles questions quant à l’offre future. Si des opérateurs étrangers obtenaient l’accès à ces réserves, la production mondiale de pétrole pourrait augmenter, réduisant ainsi la possibilité d’une hausse des prix. Bien qu’un tel scénario puisse stimuler l’activité économique grâce à une énergie moins coûteuse, il diminue la probabilité d’une conjoncture pétrolière fortement haussière. Néanmoins, M. Timmer a fait remarquer que les marchandises demeurent une catégorie d’actifs importante et non corrélée dans les portefeuilles diversifiés.
Un marché stimulé par les bénéfices plutôt que par les ratios
À l’aube de 2026, l’un des changements les plus marquants est le passage d’une croissance axée sur les valorisations à une croissance portée par les bénéfices. Depuis le creux du marché en octobre 2022, les rendements ont bondi de près de 100 %, mais la source de ces gains a évolué. La reprise a d’abord été stimulée par l’expansion des ratios cours/bénéfice, mais en 2025, la forte croissance des bénéfices est devenue le moteur principal. Cette dynamique reflète la solidité des entreprises, soutenue par des mesures de relance budgétaire et des dépenses importantes en immobilisations, en particulier dans les secteurs liés à l’IA. Le taux de croissance annuel composé des bénéfices aux États-Unis sur cinq ans se situe maintenant autour de 14 %, soit près de la limite supérieure de sa fourchette historique. Comme ce niveau est déjà élevé, les possibilités d’expansion sont limitées, mais cela n’est pas non plus un signal d’instabilité. Les paramètres fondamentaux clés, tels que les ratios de distribution, les taux d’intérêt et la prime de risque des actions, demeurent favorables.
Les actions mondiales affichent un regain de vigueur
Les actions internationales, particulièrement en Europe et au Japon, ont joué un rôle majeur dans la reprise généralisée de 2025. Plusieurs de ces marchés ont surpassé les actions américaines, tant en devise locale qu’en dollars américains. Marquant une rupture technique majeure, l’indice MSCI EAEO a franchi une ligne de résistance qui tenait depuis 15 ans, signalant un nouvel élan. Au-delà de cette force technique, les marchés mondiaux offrent des paramètres fondamentaux attrayants. Plusieurs marchés développés affichent désormais une croissance des distributions plus rapide qu’aux États-Unis, alors que des pays comme le Japon, l’Inde et le Canada ont affiché des hausses notables des dividendes et des rachats d’actions. Comme les marchés EAEO et émergents se négocient à des valorisations réduites, généralement autour de 15 à 16 fois les bénéfices, contre environ 25 fois aux États-Unis, M. Timmer a souligné l’occasion de diversifier à l’international et de réduire les risques liés à une concentration croissante.
Le dollar américain, les tensions commerciales et la dynamique des réserves
Bien que les tensions commerciales se soient intensifiées à certains moments en 2025, les investisseurs étrangers ne se sont pas détournés des actifs américains. Les flux vers les actions sont demeurés positifs, soutenus par l’intérêt mondial pour l’IA et le leadership des sociétés américaines à très grande capitalisation. Les flux obligataires sont également restés stables. Seule la banque centrale de Chine a réduit ses avoirs en bons du Trésor à long terme. Cette tendance semble stratégique plutôt qu’une réaction aux récents événements politiques. Par conséquent, le dollar américain est demeuré stable au cours des six à neuf derniers mois et continue de figurer parmi les devises les plus fortes à l’échelle mondiale. Parallèlement, les banques centrales ont augmenté leurs réserves d’or, ce qui a fait grimper la valeur des titres aurifères au-dessus de celle de l’euro lorsqu’elle est mesurée selon les valorisations nationales. Cette évolution reflète une diversification progressive des actifs de réserve plutôt qu’une remise en cause de la domination du dollar.
Gérer le risque de concentration grâce à la diversification mondiale
La concentration du marché américain, notamment avec les sept magnifiques qui représentent 30 % à 40 % de l’indice S&P 500, demeure un enjeu central. Plutôt que de se détourner de ces sociétés au moyen d’indices équipondérés, d’un style privilégié ou d’une exposition à des sociétés à petite capitalisation, M. Timmer a mis de l’avant une approche globale. Une stratégie de placement à deux extrémités combinant une exposition aux actions de l’indice S&P 500 pondéré en fonction de la capitalisation et aux actions internationales, en particulier celles des marchés de l’EAEO, permet de tirer parti de l’exceptionnelle croissance américaine tout en bénéficiant des valorisations avantageuses et de l’amélioration des pratiques de distribution à l’étranger. Cette approche permet de gérer le risque de concentration sans négliger le moteur principal qui stimule les rendements boursiers depuis plus d’une décennie.
Conclusion : se préparer pour une année 2026 axée sur les bénéfices et la croissance mondiale
À l’aube de 2026, le contexte du marché reflète la continuité des thèmes qui ont marqué une grande partie de l’année précédente. Les bénéfices demeurent le principal moteur de rendement, les marchés internationaux affichent un regain de vigueur et le dollar américain est stable, demeurant l’une des devises les plus fortes à l’échelle mondiale.