L’élargissement des marchés et les questions que soulève l’IA : analyse de Jurrien Timmer – 10 août 2026

L’élargissement des marchés et les questions que soulève l’IA : analyse de Jurrien Timmer – 10 août 2026

Les marchés boursiers continuent d’atteindre de nouveaux sommets, alors que le leadership s’élargit désormais au-delà d’un petit groupe d’actions technologiques. Dans ce contexte, Jurrien Timmer, directeur en chef, Macroéconomie mondiale chez Fidelity, présente son point de vue sur les bénéfices, l’intelligence artificielle (« IA »), les taux d’intérêt et la diversification, en soulignant les principaux thèmes qui stimulent actuellement les marchés.

 

Voici quelques-uns des sujets abordés.  

Un marché alimenté par plusieurs moteurs

L’une des caractéristiques les plus marquantes du marché actuel est l’ampleur de la participation au marché. Environ 74 % des titres composant l’indice S&P 500 se négocient au-dessus de leur moyenne mobile sur 200 jours, alors que les indices pondérés en fonction de la capitalisation boursière et les indices équipondérés ont tous deux atteint de nouveaux sommets. Cette large participation s’est maintenue, malgré les difficultés éprouvées par plusieurs titres liés à l’IA, notamment le panier de ces titres qui a reculé d’environ 15 % à 20 % par rapport à son sommet du début de juin avant de regagner une partie du terrain perdu. Selon M. Timmer, cette situation reflète un marché qui ne dépend pas d’un groupe restreint de leaders, où les occasions s’étendent au-delà des plus grandes sociétés technologiques.

 

Des questions se posent au sein de l’écosystème de l’IA

Bien que l’IA continue d’attirer d’importants investissements, certains développements soulèvent des questions quant à la façon dont la valeur sera ultimement créée. Les données sur ce que les utilisateurs sont prêts à payer par jeton indiquent que les modèles d’IA à faible coût et à pondération ouverte, dont plusieurs proviennent de Chine, deviennent de plus en plus l’option privilégiée par les développeurs qui n’ont pas besoin de solutions de qualité professionnelle. Comme ce fut le cas à l’ère d’Internet, il est possible que les modèles d’IA eux-mêmes se banalisent au fil du temps, même si l’infrastructure sous-jacente, notamment les centres de données, l’approvisionnement en énergie et les semi-conducteurs, demeure essentielle. Par conséquent, on peut encore se demander comment les sociétés qui développent des modèles d’IA parviendront à monétiser leur propriété intellectuelle à long terme.

 

Les bénéfices continuent de soutenir les actions

Malgré ces questions, les bénéfices demeurent l’une des principales raisons d’adopter une perspective favorable à l’égard des actions. Les bénéfices prévisionnels sur les 12 prochains mois de l’indice S&P 500 ont augmenté d’environ 100 $ par action au cours de la dernière année. Par ailleurs, le taux de croissance des bénéfices est passé d’environ 7 % à 35 % et continue d’augmenter. La hausse des bénéfices, combinée à l’accélération du taux de croissance, constitue un puissant moteur pour les marchés. Bien que les comparaisons avec le boom technologique de la fin des années 1990 soient compréhensibles, notre expert estime qu’il existe probablement davantage de différences que de similitudes. Il souligne notamment que les valorisations actuelles et l’ampleur de la participation au marché constituent d’importants facteurs de différenciation.

 

Les semi-conducteurs continueront-ils de se distinguer cette fois-ci?

La durabilité du thème de l’IA repose en partie sur l’hypothèse selon laquelle les semi-conducteurs ne constituent plus un secteur cyclique. Même si l’essor de l’IA a entraîné une croissance exceptionnelle des bénéfices, M. Timmer nous met en garde contre l’idée que les tendances historiques ne s’appliquent plus. Par le passé, les bénéfices des sociétés de semi-conducteurs ont suivi des cycles bien définis, et, compte tenu de leur forte progression au cours de la dernière année, il fait remarquer que les investisseurs pourraient commencer à se demander si la croissance des bénéfices approche d’un sommet. Plutôt que d’essayer de prévoir précisément le moment où ce tournant pourrait se produire, il suggère d’élargir la recherche d’occasions au-delà des secteurs les plus prisés du thème de l’IA.

 

Les occasions de diversification

Au-delà de l’IA, la diversification demeure un facteur important à prendre en considération. Notre expert souligne une analyse montrant que les actions qui ne sont pas liées au thème de l’IA présentent une corrélation relativement faible avec l’ensemble du marché, ce qui pourrait offrir des avantages en matière de diversification lorsqu’elles sont combinées à des placements liés à l’IA. Il souligne également que le secteur des produits financiers pourrait profiter des gains d’efficacité générés par l’IA au fil du temps, compte tenu des grandes quantités de données dont disposent déjà de nombreuses institutions. De façon plus générale, il maintient une opinion favorable à l’égard des actions canadiennes, citant la vigueur de leurs paramètres fondamentaux. Les secteurs des produits financiers et de l’énergie figurent également parmi ses secteurs privilégiés.

 

Les taux d’intérêt plus élevés et le marché obligataire

Bien que les actions aient fait preuve de résilience, l’évolution des titres à revenu fixe continue de mériter une attention particulière. Le marché obligataire est aux prises avec une tendance de pentification baissière, où les rendements à long terme augmentent, tandis que les taux à court terme demeurent relativement stables. Les rendements réels ont fortement augmenté et se situent maintenant à leur plus haut niveau depuis 2007. Pour expliquer cette situation, M. Timmer évoque notamment un effet d’« éviction inversée », selon lequel l’important volume d’emprunts associés aux investissements en IA pourrait contribuer à la hausse des rendements et compliquer le financement à moindre coût des gouvernements. Il précise toutefois qu’il s’agit d’une question à explorer plutôt que d’une conclusion définitive.

 

Revoir les attentes inflationnistes sous un nouvel angle

L’écart entre les rendements des obligations du Trésor et ceux des titres du Trésor américain protégés contre l’inflation est demeuré relativement stable près de 2,25 %, même si l’inflation s’est maintenue au-dessus des 3 %. Selon les recherches réalisées jusqu’à présent par notre expert, peu d’éléments indiquent que les taux d’équilibre constituent un indicateur particulièrement fiable de l’inflation future. Cette observation pourrait être importante, compte tenu de l’attention que de nombreux investisseurs et décideurs accordent à ces taux comme mesure des attentes inflationnistes.

 

Le rôle de l’or comme outil de diversification

Parmi les outils de diversification potentiels, l’or continue de se démarquer. Le métal précieux s’est maintenu au-dessus des 4 000 $ et a récemment repris de l’élan. Selon M. Timmer, cette évolution pourrait être liée en partie à une nouvelle accélération de la croissance de la masse monétaire mondiale, même s’il reconnaît que plusieurs facteurs pourraient être en cause. Quoi qu’il en soit, il continue de considérer l’or comme l’un des outils de diversification privilégiés au sein de la composante défensive d’un portefeuille.

 

Conclusion : la diversification demeure essentielle

La forte croissance des bénéfices, l’élargissement de la participation au marché et les valorisations actuelles continuent d’appuyer une perspective favorable à l’égard des actions. Parallèlement, d’importantes questions demeurent quant à la monétisation de l’IA, aux bénéfices des sociétés de semi-conducteurs et à l’évolution des taux d’intérêt. Au lieu de se fier à une seule analyse du marché, M. Timmer met en avant les avantages de la diversification, notamment grâce à une exposition à la fois aux occasions liées à l’IA et aux occasions qui s’en éloignent, tout en conservant une opinion favorable à l’égard du secteur des produits financiers, des actions canadiennes et de l’or.