Un marché tiraillé dans deux directions : analyse de Jurrien Timmer – 4 août 2026

Un marché tiraillé dans deux directions : analyse de Jurrien Timmer – 4 août 2026

Les marchés boursiers se rapprochent de nouveau de sommets historiques, soutenus par de solides bénéfices des sociétés et des paramètres fondamentaux d’entreprise robustes. En même temps, la hausse des taux des obligations du Trésor et une Réserve fédérale américaine moins transparente soulèvent de nouvelles questions. Jurrien Timmer, directeur en chef, Macroéconomie mondiale chez Fidelity, a expliqué que l’évolution du marché pourrait ultimement dépendre de la force dominante : la croissance des bénéfices ou la hausse des taux d’intérêt.

 

Voici quelques-uns des sujets abordés.  

Un marché porté par les bénéfices

L’une des caractéristiques déterminantes du marché actuel est la vigueur des bénéfices des sociétés. Les marges d’exploitation des sociétés de l’indice S&P 500 ont atteint des sommets records, et les prévisions de croissance des bénéfices demeurent élevées. L’envergure du marché demeure également suffisante, la grande majorité des titres se négociant au-dessus de leur tendance à long terme. Les écarts de crédit, le marché de l’emploi et les indicateurs économiques plus vastes continuent de soutenir les actions. Cette phase du marché haussier semble différente de la reprise qui a débuté en 2023. Au départ, les gains observés étaient principalement attribuables à la hausse des valorisations. Aujourd’hui, les bénéfices constituent le principal moteur du marché. Comme les bénéfices ont augmenté si rapidement, les mesures de valorisation prévisionnelles sont demeurées relativement contenues, malgré la hausse des cours boursiers. Selon M. Timmer, la principale occasion demeure la croissance des bénéfices, tandis que le principal risque continue de provenir du contexte des taux d’intérêt.

 

L’importance des taux d’intérêt

Bien que les paramètres fondamentaux demeurent solides, la hausse des rendements obligataires reste un facteur à surveiller de près. M. Timmer a souligné que la récente hausse du rendement des obligations du Trésor américain à 10 ans et la hausse des taux d’intérêt réels sont les principaux éléments à surveiller. Il a noté que si les rendements continuent d’augmenter, les valorisations boursières pourraient subir des pressions même si les bénéfices demeurent solides. En utilisant un modèle d’actualisation des flux de trésorerie, il a illustré l’effet des taux d’intérêt plus élevés sur les valorisations, le public investisseur étant moins enclin à payer aujourd’hui pour des bénéfices futurs. Si les rendements obligataires augmentaient de façon marquée, les ratios de valorisation pourraient se contracter, comme ce fut le cas en 2022. Il a insisté sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’une prédiction, mais d’un exemple illustrant la sensibilité des valorisations boursières aux variations des taux d’intérêt. Pour cette raison, M. Timmer a indiqué que les taux d’intérêt demeurent une variable importante à surveiller lors de l’évaluation des conditions du marché.

 

Les bénéfices peuvent-ils compenser les taux plus élevés?

Les perspectives de bénéfices demeurent un important contrepoids à la hausse des taux. Les prévisions de bénéfices pour les années à venir demeurent solides. Si les bénéfices continuent de croître aux taux actuels, ils pourraient aider à soutenir les cours boursiers, même si les valorisations subissent des pressions. Dans ce scénario, les marchés pourraient faire du surplace pendant un certain temps, la croissance des bénéfices compensant l’effet de la baisse des ratios d’évaluation. Il a indiqué qu’un tel contexte pourrait donner le temps aux paramètres fondamentaux de rattraper le retard, alors que les valorisations s’ajustent. Ce résultat serait très différent d’un contexte dans lequel la croissance des bénéfices ralentirait de façon marquée. Par conséquent, il ne considère pas les taux d’intérêt de manière isolée. Il évalue plutôt analyser conjointement les taux d’intérêt et les bénéfices, soulignant que l’interaction entre les deux jouera probablement un rôle important dans la longévité de la progression actuelle des marchés.

 

Un marché qui s’ajuste à une nouvelle direction de la Fed

Un autre facteur influençant les marchés est l’évolution du style de communication de la Fed sous une nouvelle direction. Les marchés mettent souvent à l’épreuve une nouvelle présidence de la Fed alors que le public investisseur cherche à comprendre comment les décisions de politique monétaire seront prises. M. Timmer a établi des comparaisons avec les transitions antérieures des dirigeants, lorsque ceux-ci ont cherché à établir leur crédibilité dans la lutte contre l’inflation. À son avis, la direction actuelle de la Fed cherche peut-être à établir une crédibilité semblable. Il a également observé qu’une orientation moins claire de la part des décideurs peut amener le public investisseur à exiger une prime de risque plus élevée. Lorsque la trajectoire de la politique monétaire devient moins certaine, les taux obligataires peuvent augmenter pour refléter cette incertitude. Cette dynamique semble avoir une incidence sur la courbe des taux actuellement. Il a toutefois rappelé qu’il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives quant à l’approche à long terme de la nouvelle direction.

 

L’incidence mondiale de la hausse des taux obligataires des États-Unis

Les récents développements au Japon illustrent à quel point les marchés financiers mondiaux sont devenus interconnectés. M. Timmer a souligné la récente intervention des autorités japonaises sur le yen, avec l’aide du Trésor américain. Il a indiqué que la devise nippone a subi des pressions parce que ses taux obligataires étaient nettement inférieurs aux rendements des bons du Trésor américain, compte tenu du contexte inflationniste et budgétaire du pays. À son avis, les interventions sur le marché des changes servent souvent davantage de signaux que de solutions à long terme. Il a expliqué que la participation des États-Unis pourrait également refléter une volonté de limiter les ventes de bons du Trésor qui exerceraient des pressions supplémentaires à la hausse. Cette situation illustre comment l’évolution d’un marché peut influencer les conditions des marchés financiers à l’échelle mondiale.

 

La diversification demeure importante

Même si les principaux indices ont atteint de nouveaux sommets, le leadership du marché s’est élargi. M. Timmer a souligné que les titres équipondérés ont récemment surpassé les indices pondérés en fonction de la capitalisation boursière, tandis que les sociétés hors du domaine de l’intelligence artificielle (IA) ont également contribué à la progression du marché. D’ailleurs, les titres liés à l’IA ont regagné leur élan, car les bénéfices sont demeurés élevés. Il a aussi mentionné certains secteurs au-delà des technologies de l’information qui continuent de retenir son attention, comme les banques de la zone euro. M. Timmer a noté que ces entités ont suivi le rythme du secteur de l’IA tout en se négociant à des niveaux de valorisation inférieurs et en maintenant une corrélation relativement faible avec les plus grands titres technologiques. De façon plus générale, il estime qu’une approche diversifiée peut s’avérer avantageuse lorsque le leadership du marché évolue et que différents secteurs se succèdent comme moteurs de rendement.

 

Conclusion : surveiller l’équilibre entre les taux et les bénéfices

Les marchés continuent de profiter de la forte croissance des bénéfices, des marges d’exploitation records et des paramètres fondamentaux favorables. De plus, la hausse des rendements obligataires et l’incertitude accrue entourant les politiques monétaires posent des défis que le public investisseur surveille de près. Selon M. Timmer, l’enjeu principal est de savoir si les bénéfices peuvent continuer de neutraliser l’effet négatif des taux d’intérêt plus élevés. Bien que la croissance des bénéfices demeure favorable, il souligne que l’interaction entre les bénéfices et les taux d’intérêt jouera probablement un rôle important dans l’évolution future des marchés.