Les bénéfices et les dépenses d’investissement dictent l’élan du marché : analyse de Jurrien Timmer – 27 avril 2026

Les bénéfices et les dépenses d’investissement dictent l’élan du marché : analyse de Jurrien Timmer – 27 avril 2026

Malgré l’incertitude, les marchés progressent, portés en grande partie par la solidité des bénéfices. Jurrien Timmer, directeur en chef, Macroéconomie mondiale chez Fidelity, a livré une analyse sur les forces qui façonnent actuellement les marchés, notamment l’élan des bénéfices, les dépenses d’investissement, la dynamique budgétaire et l’évolution du rôle de la diversification.


Voici quelques-uns des sujets abordés.  

L’élan des bénéfices fait le gros du travail

Cette période de déclaration des bénéfices s’est démarquée non seulement par le nombre d’entreprises qui ont surpassé les attentes, mais aussi par l’ampleur de ces dépassements. Environ le tiers des entreprises ont publié leurs résultats et près de 78 % ont dépassé les attentes en matière de bénéfices. Ce qui est plus inhabituel, c’est la taille de ces surprises, qui ont atteint en moyenne environ 1 000 points de base. Plus important encore, l’ampleur des surprises positives en matière de bénéfices s’est accrue au fil de la période de déclaration. Bien que la vigueur des bénéfices témoigne d’une certaine résilience, elle laisse aussi entrevoir un soutien potentiel provenant des résultats récents et les attentes pour les prochains trimestres.

Les investissements liés à l’intelligence artificielle ont fait partie de cette dynamique, en particulier les dépenses consacrées aux centres de données, aux semi-conducteurs et à la mémoire. Néanmoins, le message global demeure celui de la résilience. Les secteurs liés aux dépenses technologiques sont demeurés dans une fourchette limitée pendant les périodes de tensions, puis ont progressé à mesure que les conditions se sont améliorées.

 

Malgré les chocs récents, l’attention des marchés est restée fixée sur les bénéfices

Le comportement récent des marchés reflète la façon dont le public investisseur évalue les développements géopolitiques. Les prix du pétrole ont grimpé, se négociant près de 97 $ US à ce moment-là, mais les marchés boursiers se sont comportés comme si cette hausse pouvait être temporaire. Plutôt que de réagir principalement aux prix de l’énergie, l’attention du marché est demeurée concentrée sur le contexte des bénéfices. Ce même comportement a été observé à l’égard des valorisations. Lors du repli, les cours boursiers ont reculé d’environ 10 %, tandis que les valorisations se sont comprimées de près de 19 %. Selon M. Timmer, l’incertitude s’est rapidement répercutée dans les prix, même si les baisses de cours ont été relativement limitées.

 

Au carrefour entre une croissance solide et une faible confiance des consommateurs

Un autre thème clé est le décalage entre les données économiques solides et la confiance modérée des consommateurs. La croissance se maintient au-dessus de son potentiel, ce que M. Timmer décrit comme un signal de milieu de cycle. Parallèlement, les indicateurs de confiance des consommateurs sont demeurés près de creux historiques. L’inflation aide à expliquer cet écart. Malgré un ralentissement de l’inflation, les prix à la consommation ont augmenté d’environ 30 % depuis 2020. Les coûts de la vie étant toujours élevés, la confiance demeure sous pression malgré l’expansion économique continue.

 

Dette, rendements et équilibre de la courbe des taux

Les niveaux d’endettement compliquent davantage le portrait. La dette du gouvernement des États-Unis frôle les 40 000 G$ US, soit environ 112 % du produit intérieur brut, ce qui soulève des questions sur sa soutenabilité. Les taux d’intérêt à long terme ont été relativement stables, mais les décisions de gestion de la dette demeurent importantes. Selon M. Timmer, les décideurs préfèrent peut-être une baisse des taux à long terme et une courbe de taux plus pentue. Un tel contexte pourrait inciter les banques à absorber une duration plus longue au fil du temps et réduire graduellement les pressions sur le bilan de la Réserve fédérale américaine (la Fed). Cette approche a toutefois ses limites. Si les taux à court terme sont abaissés trop abruptement, le marché obligataire pourrait réagir négativement, ce qui pourrait entraîner une hausse des taux à long terme. M. Timmer a présenté cette éventualité comme un risque plutôt que comme le scénario de base.

 

Les marchandises et la diversification retrouvent leur pertinence

Les marchandises prennent de l’importance dans un contexte mondial plus fragmenté. La démondialisation, les tarifs douaniers et les risques géopolitiques liés aux routes maritimes et à l’approvisionnement énergétique ont fait ressortir la pertinence stratégique des actifs réels. Le positionnement du Canada reflète ce changement. Son exposition aux marchandises et son orientation vers les structures de fonds souverains se démarquent alors que l’énergie et les matériaux pourraient jouer un rôle plus important. Du point de vue de la diversification, les marchandises ont également vu leurs caractéristiques s’améliorer. L’indice Bloomberg Commodity est devenu plus négativement corrélé aux actions et aux obligations, ce qui peut être utile dans un contexte où les obligations ne compensent pas toujours le risque lié aux actions.

 

Le bitcoin et le passage de « très mauvais » à « moins mauvais »

M. Timmer a discuté du bitcoin sous l’angle de la répartition de l’actif plutôt que de l’investissement permanent. Il explique que le momentum de cette cryptomonnaie est passé de « très mauvais » à « moins mauvais », soit un stade où les spécialistes de la répartition de l’actif commencent souvent à prêter attention. Après avoir atteint un sommet de près de 126 000 $ US, le bitcoin est redescendu à 60 000 $ US et s’est ensuite négocié dans la fourchette supérieure des 70 000 $ US. Comparativement aux baisses historiques de 80 % à 90 %, ce repli a été relativement faible. À mesure que l’actif gagne en maturité, M. Timmer s’attend à ce que les hausses et les replis deviennent moins extrêmes. Pour la suite, il a décrit deux trajectoires possibles. Les tendances historiques indiquent la possibilité d’un autre cycle haussier, mais le moment est incertain. À court terme, une rupture technique à la baisse serait négative, tandis qu’une hausse signalerait un détachement aux tendances baissières.

 

Les valorisations demeurent élevées, mais les paramètres fondamentaux gardent le dessus

Les valorisations demeurent élevées, mais le contexte est important. La croissance des bénéfices a été solide, s’établissant à près de 17 % sur un an, avec une croissance sur cinq ans autour de 15 %. Les prévisions pour les années à venir demeurent nettement supérieures à 10 %. Certains paramètres de valorisation semblent exagérés. Le ratio CAPE est proche de 40, tandis que les ratios cours/bénéfice se maintiennent autour de 20. Toutefois, lorsqu’il se penche sur les flux de trésorerie actualisés, M. Timmer accorde une plus grande importance à la prime de risque des actions. Étant donné que les écarts de crédit se rapprochent de creux historiques et que les marges bénéficiaires se rapprochent du niveau record de 15,5 %, son cadre d’analyse indique que la prime de risque des actions se situe près de 4 %, un niveau jugé cohérent. À son avis, ce contexte diffère des périodes comme celle des années 2000, où les valorisations divergeaient fortement des paramètres fondamentaux.

 

Conclusion : surveiller la suite des événements

Pour l’instant, l’élan des bénéfices demeure le principal pilier de soutien des marchés. Cela dit, les risques méritent une attention continue. Des dépenses excessives, en particulier dans des domaines comme les centres de données, pourraient changer la donne à mesure que ce cycle évolue.