Comprendre la volatilité des marchés en s’intéressant aux bénéfices et aux valorisations : analyse de Jurrien Timmer – 20 avril 2026
Ces dernières semaines ont été marquées par un flot régulier de manchettes géopolitiques, la volatilité des prix du pétrole et le début de la période de déclaration des bénéfices des sociétés. Dans ce contexte chargé, les marchés ont fait preuve d’une étonnante résilience. Selon Jurrien Timmer, directeur en chef, Macroéconomie mondiale chez Fidelity, cette stabilité s’explique par un marché qui demeure arrimé aux facteurs fondamentaux, notamment les bénéfices des sociétés. Bien que la volatilité se soit intensifiée, le repli global du marché est resté relativement limité, malgré l’ampleur des manchettes.
Voici quelques-uns des sujets abordés.
Les bénéfices comme principal pilier
Les bénéfices des sociétés ont continué leur forte progression, atteignant près de 20 % sur douze mois, alors que les attentes pour l’année civile s’établissent autour de 17 %. Ce contexte favorable sur le plan des bénéfices a constitué un important facteur de soutien lorsque les prix ont reculé. L’indice S&P 500 a chuté d’un peu moins de 10 % à son creux le plus récent. Les valorisations ont toutefois connu un ajustement beaucoup plus marqué. Le ratio cours/bénéfice du marché a reculé d’environ 19 %, traduisant une réinitialisation du prix que le public investisseur est prêt à payer pour chaque dollar de bénéfices. Notre expert a souligné que les valorisations revêtent une importance beaucoup plus grande que les prix à eux seuls. En l’occurrence, les bénéfices ne se sont pas effondrés comme l’ont fait les valorisations. Le repli observé témoigne essentiellement d’une réévaluation du risque plutôt que d’une détérioration des facteurs fondamentaux sous-jacents.
Des valorisations qui s’ajustent plus rapidement que les facteurs fondamentaux
Les périodes où les ratios d’évaluation diminuent alors que les bénéfices poursuivent leur progression sont relativement rares, bien qu’elles ne soient pas sans précédent. M. Timmer a cité plusieurs exemples historiques où cette situation s’est produite, soulignant que les résultats ont varié en fonction du contexte économique global. Souvent, les marchés ont enregistré de solides rendements au cours de l’année suivante, mais il est arrivé que de telles conditions marquent les premières étapes d’un repli plus prolongé. L’élément clé demeure le contexte. Après une correction, des bénéfices élevés peuvent soutenir une reprise graduelle des marchés, sans pour autant exclure la possibilité d’une volatilité accrue. À l’heure actuelle, les valorisations demeurent inférieures à leurs récents sommets, tandis que la croissance des bénéfices se maintient. Cet équilibre pourrait permettre aux marchés de se recentrer sur les facteurs fondamentaux, même si d’autres replis demeurent possibles en cours de route.
Les chocs pétroliers et les données historiques
Les prix de l’énergie demeurent un facteur déterminant pour les marchés. Les réactions récentes du marché donnent à penser que l’on anticipe un choc pétrolier de courte durée, comparable à celui observé pendant la guerre du Golfe en 1990, au cours de laquelle les prix avaient fortement augmenté avant de reculer tout aussi rapidement. Notre expert a comparé cette situation à des perturbations prolongées, comme le choc énergétique survenu après la pandémie en 2022. Cette période, marquée par une hausse des taux d’intérêt, avait entraîné une correction plus durable. C’est la durée des problèmes d’approvisionnement qui dicteront largement l’issue du contexte actuel. Si les prix du pétrole devaient demeurer élevés pendant une longue période ou si les chaînes d’approvisionnement mondiales continuaient de subir des perturbations, les effets économiques pourraient s’aggraver au fil du temps. Ces répercussions pourraient s’étendre au-delà des coûts de l’énergie et se répercuter sur le transport, la production manufacturière et l’inflation.
La géopolitique et son incidence sur le risque
Les tensions au Moyen-Orient, en particulier en ce qui concerne le détroit d’Ormuz, demeurent au cœur des analyses. Selon notre expert, la durée des perturbations est plus importante que les événements pris individuellement. Plus les perturbations se prolongent, plus le risque de dommages durables aux chaînes d’approvisionnement augmente. Jusqu’à présent, les marchés ont démontré une certaine résilience face à l’incertitude, réagissant avant tout aux variations de l’intensité et de la durée de ces pressions, plutôt qu’aux manchettes en tant que telles. À cela s’ajoute le fait que les répercussions varient d’une région à l’autre, selon M. Timmer. Les pays exportateurs d’énergie pourraient tirer parti de la situation à l’échelle nationale, tandis que les consommateurs demeurent confrontés à des coûts plus élevés en raison des prix des marchandises sur les marchés mondiaux. Cette différence entre la production économique et la confiance des ménages demeure un élément important à surveiller.
Repenser la diversification dans un marché en mutation
L’évolution de la relation entre les actions et les obligations représente un autre thème important à considérer. Les obligations ne jouent plus le même rôle défensif qu’auparavant, en particulier dans un contexte où les pressions budgétaires sont élevées et les rendements sont plus volatils. Au cours des récentes périodes de tensions sur les marchés, les actions et les obligations ont évolué dans la même direction, réduisant certains des avantages de diversification sur lesquels le public investisseur s’était appuyé par le passé. Dans ce contexte, M. Timmer a insisté sur l’importance d’aller au-delà des portefeuilles traditionnels composés d’obligations et d’actions. Des actifs ayant une corrélation plus faible avec ces deux catégories, comme les marchandises, l’or, les liquidités et certaines stratégies non traditionnelles, peuvent contribuer à une meilleure gestion du risque. À son avis, la diversification doit être envisagée comme un cadre flexible plutôt que comme une répartition figée. Il soutient par ailleurs que la construction du portefeuille doit tenir compte de la situation propre à chaque personne. La discipline en matière de rééquilibrage demeure tout aussi essentielle. Le maintien des répartitions cibles au fil du temps permet d’ajouter du risque après les replis et de réduire le risque après de fortes remontées, sans avoir à s’appuyer sur des prévisions à court terme.
Interpréter les signaux de liquidités avec prudence
Les niveaux élevés de liquidités détenues dans les fonds du marché monétaire continuent de susciter l’attention; notre expert précise toutefois qu’il faut d’éviter de se concentrer uniquement sur les montants en dollars. Il privilégie plutôt une analyse des actifs du marché monétaire par rapport à la taille globale du marché boursier. Sous cet angle, les niveaux de liquidités semblent proches des normes historiques plutôt que révélateurs d’un positionnement extrême. Par conséquent, les soldes actuels sur le marché monétaire ne traduisent pas des signaux marqués dans un sens ou dans l’autre.
Conclusion : trouver l’équilibre entre la vigueur des bénéfices et l’incertitude persistante
La conjoncture du marché reflète un équilibre entre l’élan soutenu des bénéfices et les risques liés aux enjeux géopolitiques et énergétiques non résolus. Les valorisations se sont déjà ajustées de façon significative, tandis que la croissance des bénéfices s’est maintenue jusqu’à présent. L’histoire montre que les marchés peuvent progresser dans un tel contexte, mais les résultats dépendront de l’évolution des pressions externes.