Prendre du recul en période de volatilité des marchés : analyse de Jurrien Timmer – 13 avril 2026

Prendre du recul en période de volatilité des marchés : analyse de Jurrien Timmer – 13 avril 2026

Les périodes de tensions géopolitiques peuvent rendre l’analyse des paramètres fondamentaux plus compliquée. Les manchettes évoluent rapidement, les prix des actifs peuvent changer brusquement et les relations entre les catégories d’actifs ne se comportent pas toujours comme prévu. Dans ces moments, Jurrien Timmer, directeur en chef, Macroéconomie mondiale chez Fidelity, propose de prendre du recul, de réévaluer certaines hypothèses, de réexaminer la construction du portefeuille et de recentrer ses objectifs à long terme.


Voici quelques-uns des sujets abordés.

Mettre à profit la volatilité pour rééquilibrer les portefeuilles

M. Timmer a proposé de tirer parti des périodes de tensions sur les marchés pour rééquilibrer son portefeuille plutôt que de retirer ses placements. Lorsque les prix fluctuent fortement, certains actifs qui demeurent attrayants peuvent devenir plus abordables pour des raisons qui ne reflètent pas nécessairement les facteurs fondamentaux à long terme. Dans ces situations, on peut ajuster son portefeuille en ajoutant des secteurs qui se sont repliés et en réduisant ceux qui ont mieux résisté. Selon les explications de M. Timmer, cette approche permet de dégager des liquidités et d’éviter de réagir une fois les prix déjà ajustés. Bien que cette discipline ne soit pas toujours facile à appliquer en période de volatilité, elle reflète la façon dont un processus de placement à long terme est mis en œuvre dans la pratique.

 

Quand la diversification classique ne suffit plus

La diversification traditionnelle pose un défi pour le public investisseur, dans la mesure où certains actifs ne se comportent pas toujours de façon indépendante. M. Timmer fait remarquer que, par moments, les obligations d’État à long terme ont affiché une corrélation positive avec les actions. Lorsque les deux évoluent dans la même direction, le rôle stabilisateur d’un portefeuille équilibré peut s’en trouver diminué. Les obligations de qualité et les titres protégés contre l’inflation ont également connu des périodes de corrélation élevée. Par conséquent, l’attention s’est tournée vers les actifs qui ont eu tendance à se comporter différemment durant les récentes périodes de tensions sur les marchés, notamment l’or, certaines marchandises et certaines stratégies non traditionnelles liquides. Au cours des derniers mois, une vaste exposition aux marchandises a généré des rendements tout en affichant une corrélation en baisse au fil du temps. Les stratégies d’investissement utilisant activement les contrats à terme répondent également à ces tendances émergentes, bien que leur efficacité puisse varier selon les conditions du marché.

 

Ce que révèlent les récents mouvements boursiers

Malgré les nombreuses manchettes, le repli des marchés boursiers a été relativement modeste. À leur plus bas niveau, les marchés ont affiché une baisse d’un peu moins de 10 % par rapport au sommet, un mouvement que M. Timmer a qualifié de plutôt typique qu’extrême. Toutefois, certaines dynamiques sous-jacentes sont passées inaperçues : alors que les prix reculaient, les bénéfices des sociétés ont continué de croître. Par conséquent, les valorisations ont chuté de manière plus marquée que ne le suggèrent les niveaux de prix. M. Timmer a souligné que les ratios cours/bénéfice ont chuté de près de 20 % au plus bas. À son avis, la fluctuation des valorisations constitue un signe plus clair du niveau de confiance ambiant que les variations des prix à elles seules. Les valorisations reflètent ce que les investisseurs et les investisseuses sont prêts à payer pour les bénéfices futurs, même lorsque les indices boursiers semblent faire preuve de résilience.

 

Les taux d’intérêt et l’évolution des relations entre catégories d’actifs

Les taux d’intérêt continuent d’influencer la façon dont les catégories d’actifs interagissent. Les rendements des effets du Trésor américain sont demeurés dans une fourchette relativement serrée, et des taux plus élevés ont rendu les rendements sans risque plus concurrentiels par rapport aux actions qu’au cours des dernières années. Lorsque les rendements des placements assimilables aux liquidités augmentent, les actions doivent souvent être réévaluées pour demeurer attrayantes par rapport aux solutions sans risque. Cette dynamique peut contribuer à accroître la corrélation entre les obligations et les actions, particulièrement dans un contexte où les besoins de financement des gouvernements sont élevés. M. Timmer a décrit le contexte comme étant marqué par la domination budgétaire, c’est-à-dire que les considérations de financement pèsent davantage sur les mouvements des marchés. Dans ce contexte, les relations traditionnelles entre les catégories d’actifs pourraient se révéler moins constantes.

 

L’or, le bitcoin et les signaux changeants

M. Timmer a fait ressortir certains comportements inhabituels parmi les actifs souvent perçus comme des valeurs refuges. Au cours des récentes périodes de tensions géopolitiques, l’or et les obligations du Trésor ont parfois évolué en tandem, ce qui est inhabituel. Une explication possible, selon lui, est que les actifs de réserve seraient de plus en plus utilisés comme sources de liquidité, plutôt que comme placements défensifs. Il s’agit toutefois d’une hypothèse, et non d’une conclusion arrêtée. Parallèlement, le bitcoin a affiché une certaine stabilité lors des récentes tensions sur les marchés. Plusieurs scénarios sont actuellement mis à l’épreuve, notamment en ce qui concerne l’évolution des systèmes de négociation parallèles et l’utilisation des actifs de réserve à mesure que les chaînes commerciales mondiales se développent. Ces observations demeurent exploratoires et démontrent que des hypothèses de longue date sont remises en question.

 

L’élan des bénéfices comme soutien continu

Tout au long de la période, les bénéfices des sociétés ont continué de jouer un rôle stabilisateur important. Les attentes en matière de croissance des bénéfices sont demeurées élevées et n’ont pas suivi la tendance de repli qui précède généralement la période de déclaration des bénéfices. M. Timmer a fait remarquer que les bénéfices des derniers trimestres ont dépassé les attentes de façon plus marquée qu’à l’habitude. Bien que cela n’élimine pas les risques de volatilité, l’élan des bénéfices continue d’offrir un soutien important aux marchés boursiers tandis que les valorisations s’ajustent.

 

Conclusion : garder le cap en période d’incertitude

Les périodes d’incertitude mettent souvent en lumière les hypothèses sur lesquelles reposent les portefeuilles et celles qui pourraient ne plus tenir. Selon M. Timmer, il s’agit d’un bon moment pour revoir la structure des portefeuilles, déterminer si les outils de diversification se comportent comme prévu et revoir l’équilibre entre risque et résilience. Plutôt que de tenter de prévoir l’issue des événements géopolitiques, il recommande de se concentrer sur la construction de portefeuille, la rigueur dans l’analyse des valorisations et une diversification qui tient compte des mouvements actuels des marchés. Dans un contexte où les corrélations et les conditions évoluent rapidement, une approche équilibrée et flexible peut aider à garder le cap à long terme.