Ce que révèlent les données sur les taux, la croissance et le leadership du marché : une analyse de Denise Chisholm – 3 septembre 2026

Ce que révèlent les données sur les taux, la croissance et le leadership du marché : une analyse de Denise Chisholm – 3 septembre 2026

Une hausse marquée des rendements des obligations du Trésor à des sommets pluriannuels a ravivé les inquiétudes liées à l’inflation et a contribué à une liquidation des obligations à l’échelle mondiale. Alors que le public investisseur se demande si les banques centrales devront maintenir les taux plus élevés plus longtemps, Denise Chisholm, directrice en chef, Stratégie de marché quantitative chez Fidelity, soutient que les facteurs à l’origine de la hausse des rendements reflètent davantage la vigueur économique qu’une augmentation des risques. Selon son analyse des données historiques, son scénario de base est que le marché haussier prolongé pourrait encore avoir de la marge de manœuvre.

Pourquoi la hausse des taux ne déstabilise pas forcément les actions

Selon Mme Chisholm, la croissance plutôt que la peur semble être à l’origine d’une grande partie de la récente hausse des taux d’intérêt. Les commandes de biens durables, les dépenses en immobilisations et les profits augmentent tous à des niveaux dans le quartile supérieur. De plus, historiquement, une croissance plus forte a été associée à une probabilité accrue de hausse des taux par la Fed. À son avis, la raison pour laquelle les taux d’intérêt augmentent est plus importante que la hausse elle-même.

Par le passé, les marchés boursiers ont généralement été en mesure d’absorber les taux d’intérêt plus élevés lorsque ces hausses étaient soutenues par la croissance économique. Mme Chisholm a caractérisé le repli du marché de 2022 survenu pendant le cycle de resserrement monétaire de la Fed, d’inhabituel par rapport aux précédents historiques. Elle a indiqué que certaines préoccupations actuelles du marché pourraient sembler moins importantes lorsqu’elles sont examinées à la lumière des données sous-jacentes. Si la croissance demeure solide, les actions ont généralement peu de difficulté à composer avec des taux légèrement plus élevés.

Ce que le bitcoin et positionnement du Trésor révèlent

Selon Mme Chisholm, le bitcoin se comporte moins comme une monnaie non traditionnelle que comme un pari à effet de levier sur les actions, en particulier les titres technologiques. Elle a noté que, par le passé, le bitcoin a montré une forte corrélation avec les changements ultérieurs des taux d’intérêt et qu’il a souvent constitué un indicateur utile dans ses analyses. Comme le bitcoin se négocie à des niveaux élevés, elle estime que le signal indique une probabilité plus faible de nouvelles hausses de taux de la Fed.

Le positionnement du marché des bons du Trésor raconte une histoire semblable. Les positions vendeur nettes sur les effets du Trésor américain, mesurées par le rapport Commitment of Traders, sont à des niveaux historiquement élevés. Mme Chisholm a indiqué que les périodes de positions vendeur extrêmes ont historiquement été associées à une plus grande probabilité de rebond des marchés des bons du Trésor. De façon plus générale, elle a soutenu que lorsqu’un scénario de marché devient largement accepté, il y a plus de chances qu’il soit déjà intégré aux prix.

Déficits et limites des principes économiques

Selon Mme Chisholm, la relation souvent évoquée entre la hausse des déficits et la hausse des taux obligataires ne se trouve pas de manière constante dans les données historiques. Elle a souligné qu’au fil du temps, les déficits ont montré peu de lien avec les taux d’intérêt. Elle a également noté que les pays comme l’Italie et le Japon ont affiché un taux d’endettement plus élevé que celui des États-Unis, tout en maintenant des taux des obligations d’État plus faibles.

À son avis, si le niveau d’endettement était le principal vecteur des taux, cette relation apparaîtrait de manière plus constante dans les données historiques et les comparaisons entre pays. Ce qu’il faut retenir, selon elle, est qu’il faut se méfier des conclusions qui paraissent évidentes. Lorsqu’une issue paraît évidente, l’histoire nous montre qu’il vaut mieux faire preuve de retenue.

Pourquoi le marché haussier pourrait encore durer

Le scénario de base de Mme Chisholm prévoit la poursuite du marché haussier à long terme, en grande partie parce que le cycle actuel n’a pas connu le type de croissance prolongée, d’excès ou d’euphorie qui marquent souvent la fin des marchés haussiers.

Les bénéfices médians ont atteint un sommet en 2018. Bien que la croissance des bénéfices ait été solide cette année, elle ne fait que revenir à ces sommets antérieurs après ce que Mme Chisholm décrit comme le cycle le plus long jamais observé depuis les années 1960.

Cette longue reprise pourrait favoriser la durabilité du marché. Elle a noté que, par le passé, plus il faut de temps aux bénéfices pour retrouver leurs sommets antérieurs, plus les cycles ont tendance à durer longtemps. La période de reprise de sept ans observée pour la société médiane soutient donc son opinion selon laquelle le cycle actuel pourrait encore se poursuivre.

Momentum, technologie et élargissement de la participation au marché

Le facteur momentum vient de traverser ce que Mme Chisholm a décrit comme sa pire période de cinq ans jamais enregistrée par rapport à l’ensemble du marché. En même temps, les valorisations relatives sont tombées dans le quartile inférieur. D’un point de vue historique, elle a fait remarquer que la baisse des valorisations de départ a été le contexte le plus favorable au facteur. Compte tenu de ces conditions, elle croit que le momentum et le secteur technologique pourraient continuer de mener le marché.

Elle a souligné que le momentum est finalement une mesure des tendances et que la composition des stratégies axées sur le momentum évolue au fil du temps. Les chefs de file d’aujourd’hui ne seront pas nécessairement ceux de demain, même si le facteur lui-même demeure attrayant.

Selon elle, la discussion sur l’élargissement de la participation au marché ne remet pas en cause les arguments en faveur du secteur technologique. Dans un marché haussier sain à long terme, ce qui compte le plus est qu’un large éventail de secteurs participe aux gains, et non de savoir quel secteur mène le bal à un moment donné. Mme Chisholm estime que les conditions sont favorables dans les domaines comme l’industrie ainsi que les métaux et l’exploitation minière, surtout avec la reprise de l’activité manufacturière, tout en continuant de considérer la technologie comme un secteur de premier plan du marché.

Ce que les dépenses en capital liées à l’intelligence artificielle nous révèlent

Les dépenses en capital en technologie ont augmenté d’environ 7 % à 7,5 % du produit intérieur brut (PIB), contre environ 3 % dans les années 1960. Ces dépenses ont contribué considérablement à la croissance économique au cours des dernières années. Cependant, elles ont commencé à ralentir. L’interprétation pessimiste est qu’un ralentissement d’un facteur de croissance aussi important pourrait signaler une faiblesse future. L’analyse des données historiques par Mme Chisholm révèle une possibilité différente.

Par le passé, les périodes où les dépenses en capital en technologie ont été élevées avant de ralentir ont souvent été suivies d’une croissance plus rapide du PIB, d’une croissance plus forte des bénéfices et d’une surperformance relative du secteur technologique. Mme Chisholm considère les dépenses en capital en technologie comme un indicateur potentiel de croissance future et estime que le ralentissement actuel pourrait être un signe avant-coureur d’un cycle plus large et plus durable du marché de l’emploi, des profits et de la consommation si les tendances historiques continuent de se maintenir.

Conclusion : optimisme fondé sur les données

Mme Chisholm a soutenu que les données actuelles sur le marché laissent présager que la reprise à long terme pourrait ne pas encore se refléter pleinement dans les attentes du public investisseur. Un élément clé de ce point de vue est la combinaison de larges écarts de valorisation des actions et d’écarts de crédit étroits.

 

Elle a fait remarquer que ses perspectives deviendront plus prudentes si cette relation devait s’inverser, c’est-à-dire si les marchés du crédit commençaient à signaler des tensions tandis que les marchés boursiers demeuraient complaisants. Selon les données qu’elle suit actuellement, elle ne croit toutefois pas que ces conditions sont présentes aujourd’hui. Pour l’instant, elle continue de se concentrer sur les données historiques et les conditions actuelles du marché.