Un regard différent sur les actions américaines : analyse de Denise Chisholm – 8 octobre 2026
Les marchés ont été mis à l’épreuve par la remontée des rendements des obligations du Trésor américain à 10 ans, qui ont atteint des sommets inégalés depuis plusieurs décennies, ainsi que par la hausse des prix du pétrole. Parallèlement, la résilience des bénéfices des sociétés et les perspectives de croissance à long terme associées à l’intelligence artificielle continuent de mopoliser l’attention. Dans ce contexte, Denise Chisholm, directrice en chef, Stratégie de marché quantitative chez Fidelity, a parlé de la participation élargie au marché, de l’évolution des taux d’intérêt, des occasions sectorielles à saisir et des conditions de placements dans leur ensemble.
Voici quelques points à retenir de son analyse.
Ce que révèle le récent compte rendu de la Réserve fédérale américaine
Le compte rendu de la réunion de la Réserve fédérale américaine (« Fed ») de septembre a laissé entrevoir la possibilité d’une nouvelle hausse des taux d’intérêt avant la fin de l’année. Cependant, selon notre experte, les récentes révisions du déflateur des dépenses personnelles de consommation (« DPC »), l’indicateur d’inflation privilégié par la Fed, pourraient avoir changé le portrait inflationniste plus qu’on ne le croit. Selon son analyse, les changements apportés à seulement deux composantes, qui expliquaient une part importante des données sur l’inflation, ont fait passer le déflateur du 68e au 63e percentile, réduisant l’écart par rapport à sa moyenne historique. Mme Chisholm souligne que, sur la base des trois derniers mois, l’indice de base des DPC se rapproche désormais de 2 %. Cela ne signifie pas pour autant que d’autres resserrements n’auront pas lieu. À son avis, toute hausse supplémentaire viserait davantage à ajuster le niveau de la politique monétaire qu’à réagir à l’accélération de la croissance ou de l’inflation. Comparativement à la croissance soutenue du produit intérieur brut (« PIB ») nominal, les taux directeurs demeurent relativement bas. D’un point de vue historique, ce type de contexte s’est avéré favorable aux marchés, souligne-t-elle.
Au-delà du leadership concentré du marché
L’une des préoccupations les plus souvent abordées sur le marché est la concentration des rendements au sein d’un nombre relativement restreint d’entreprises. Selon Mme Chisholm, cette question est peut-être moins préoccupante que les statistiques générales ne le suggèrent. Bien que certains indicateurs présentent l’indice S&P 500 comme un indice concentré, un examen plus large de la participation au marché révèle une réalité différente. Les mesures fondées sur les indicateurs Russell 3000 ou sur des indicateurs à plus long terme, comme la moyenne mobile sur 200 jours, suggèrent que la concentration du marché est beaucoup moins marquée. Afin d’approfondir la question, Mme Chisholm et l’équipe de recherche technique de Fidelity ont analysé près d’un siècle de données quotidiennes du marché. Leur analyse a fait ressortir deux interprétations concurrentes. La première suggère que la faible participation masque une correction sous-jacente au sein du marché, créant ainsi une occasion d’achat potentiellement intéressante. La seconde interprétation est qu’une faible participation finit par entraîner une baisse dans l’ensemble du marché. Or, les données historiques citées par notre experte tendent généralement à appuyer la première hypothèse. Par le passé, les périodes de faible participation ont généré des rendements moyens plus élevés au cours de l’année suivante que les périodes de forte participation. Lorsqu’on exclut des périodes comme la Grande Dépression et la crise financière mondiale, cette tendance devient encore plus marquée. À son avis, ce qui semblait préoccupant à première vue s’est souvent traduit par des résultats plus favorables que ce à quoi on pouvait s’attendre.
Une situation rare à surveiller
Le contexte actuel est inhabituel pour une autre raison. Mme Chisholm souligne la combinaison d’une participation extrêmement faible et d’un marché qui n’a pas connu de correction significative. Le pourcentage d’actions qui se négocient au-dessus de leur moyenne mobile sur 50 jours se situe actuellement près du décile inférieur des observations historiques. Pourtant, l’indice généralisé n’a même pas reculé de 5 %. Selon les recherches auxquelles elle fait référence, cette combinaison ne s’est produite qu’environ 3 % du temps au cours du siècle dernier. Historiquement, les marchés ont parfois servi d’indicateurs avancés, souligne-t-elle. Lorsque les actions font preuve de résilience malgré une faible participation, cela peut signaler un contexte sous-jacent plus solide que ne laissent entrevoir d’autres indicateurs. Dans un contexte de vigueur relative, cette situation a souvent été suivie d’une nouvelle progression des marchés.
Quelle place occupent les technologies?
Mme Chisholm estime que le secteur des technologies américaines continue d’offrir des occasions intéressantes. À son avis, ce secteur présente l’un des rapports risque/rendement les plus attrayants parmi les actions américaines et mondiales. Elle souligne que les valorisations intègrent déjà plusieurs des préoccupations actuelles du marché, notamment le ralentissement des dépenses en immobilisations et la question des dépenses en intelligence artificielle et si ces investissements généreront des rendements suffisants. Lorsque certaines préoccupations font l’objet de discussions et de débats à maintes reprises, les marchés intègrent habituellement déjà les risques qu’elles représentent. Mme Chisholm estime que le leadership concentré devient également moins préoccupant lorsque l’ensemble du marché continue de progresser. Les marchés émergents ont participé à la reprise, même la Chine, qui a affiché un retard par rapport aux autres grands marchés, a enregistré des rendements positifs. Le contexte historique est aussi important. Mme Chisholm rappelle que, lors d’un cycle de marché donné, les deux secteurs qui ont obtenu les meilleurs résultats ont souvent surpassé les autres de 1 000 à 2 000 points de base. Malgré le rôle prépondérant des technologies dans les rendements récents des marchés, leur avance demeure inférieure à cette fourchette historique.
Des occasions au-delà des technologies
Même si les technologies demeurent attrayantes à ses yeux, Mme Chisholm met également en évidence des occasions dans d’autres secteurs du marché. Le secteur des métaux et de l’exploitation minière se sont démarqués, mais pour des raisons bien différentes de celles qui soutiennent les technologies. Dans le secteur de l’acier et, dans une moindre mesure, du cuivre et de l’or, les entreprises ont déjà augmenté leurs dépenses en immobilisations et ces dernières commencent maintenant à ralentir. Les marges du secteur de l’acier se situent actuellement dans le quartile inférieur des observations historiques, ce qui correspond, selon elle, à une situation classique de creux de cycle. Elle insiste toutefois sur le fait qu’il s’agit avant tout d’une occasion cyclique plutôt que d’une thèse de placement fondée sur l’inflation. Au sein du secteur de l’industrie, elle met en avant les fabricants de machines et les entreprises de transport. La croissance des bénéfices, combinée à une plus grande rigueur en matière de dépenses en immobilisations, pourrait favoriser la génération de flux de trésorerie disponibles et soutenir les marges bénéficiaires. Elle s’intéresse aussi aux segments du marché sensibles à l’évolution des taux. L’habitation, dans le secteur de la consommation discrétionnaire, et les banques régionales lui semblent particulièrement intéressants, car les valorisations actuelles pourraient contribuer à limiter le risque de baisse sur un horizon d’un an, tout en offrant un potentiel de hausse si les taux n’augmentent pas de façon importante. À l’opposé, les services collectifs et les produits de première nécessité sont demeurés parmi les secteurs qu’elle privilégie le moins. Elle adopte aussi une position prudente à l’égard du secteur de l’énergie, affirmant que les attentes du marché tiennent peut-être déjà compte de la possibilité que les prix du pétrole demeurent élevés pendant une période prolongée, tandis que la production américaine s’est nettement redressée par rapport aux creux observés précédemment.
Taux d’intérêt, dette souveraine et marchandises
Au-delà des actions, Mme Chisholm s’est également penchée sur l’évolution des titres à revenu fixe et des marchandises. La hausse des rendements obligataires à long terme a effectivement déjà fait une partie du travail de la Fed, selon elle. Pendant la majeure partie des deux dernières années, les rendements des obligations du Trésor américain à 10 ans ont été nettement inférieurs aux niveaux qu’implique le taux de croissance nominal. Dans cette optique, la récente remontée des rendements pourrait représenter un retour à la normale plutôt qu’un choc important sur les marchés. Mme Chisholm souligne que les rendements ont généralement évolué à l’intérieur d’une large fourchette pendant cette période. En ce qui a trait à la dette souveraine, elle estime que la France est un cas particulier en Europe, en raison de l’augmentation de la dette publique et de l’endettement global du pays. Elle précise toutefois que la dette de façon isolée n’est pas nécessairement problématique.
C’est plutôt la combinaison d’un endettement croissant et d’une faible croissance économique qui tend à être plus préoccupante. Mme Chisholm compare ainsi la croissance relativement modeste observée en France à celle, plus vigoureuse, des États-Unis, indiquant que les deux situations sont fondamentalement différentes. Dans le secteur des marchandises, elle décrit le contexte comme un marché haussier à long terme, tout en précisant qu’une part importante du rajustement des prix a peut-être déjà eu lieu. Selon les tendances historiques, elle estime que le cycle pourrait être rendu à peu près à mi-parcours.
Conclusion : des signaux historiques qui méritent une attention particulière
Pris dans leur ensemble, les thèmes abordés par Denise Chisholm reflètent une situation cohérente. Les données historiques qu’elle a examinées concordent davantage avec un contexte propice aux occasions qu’avec une détérioration généralisée des marchés. Une faible participation du marché, combinée à un indice résilient et à des valorisations qui reflètent déjà de nombreuses préoccupations largement discutées, présente des caractéristiques qui ont historiquement été associées aux marchés haussiers à long terme. Dans ce contexte, le secteur de l’énergie et plusieurs secteurs défensifs continuent d’offrir des rapports risque/rendement, à son avis, moins attrayants. Bien que l’évolution des marchés ne soit jamais certaine, son analyse suggère que certains facteurs actuellement préoccupants ne constituent peut-être pas les signaux d’alarme que plusieurs présument. Au lieu de cela, les données historiques rappellent plutôt l’importance de ne pas se limiter aux manchettes et de s’attarder aux tendances plus larges des marchés.