Pourquoi la véritable valeur de l’IA réside dans la compétence, et non l’efficacité : analyse de Louis Têtu – 11 février 2026

Pourquoi la véritable valeur de l’IA réside dans la compétence, et non l’efficacité : analyse de Louis Têtu – 11 février 2026

Louis Têtu, président exécutif du conseil d’administration de Coveo, explique comment l’intelligence artificielle (IA) transforme les organisations. Il a établi une distinction claire entre une IA qui améliore simplement l’efficacité, et une IA qui renforce la compétence humaine et qui permet aux particuliers et aux institutions de gérer une complexité accrue avec assurance, précision et rapidité. Il a également discuté de l’importance d’ancrer l’IA dans les données d’entreprise sécurisées et bien gouvernées, du fossé grandissant entre les adeptes de l’IA et les réfractaires, ainsi que des facteurs liés à l’infrastructure et à l’énergie qui façonnent la prochaine phase d’adoption.

Voici quelques-uns des points à retenir.

Ancrage de l’IA dans les données d’entreprise pour assurer précision et gouvernance

M. Têtu a établi une distinction claire entre les outils d’IA grand public et l’IA destinée aux entreprises. Alors que les applications grand public peuvent fournir des réponses générales, les applications d’IA d’entreprise doivent fonctionner au cœur d’environnements exigeant des données sécurisées, bien gouvernées et traçables. Il a souligné que l’IA ne comprend pas intrinsèquement l’information d’une organisation et qu’elle doit être fondée sur des systèmes propres à la société pour produire des résultats fiables.

Une IA d’entreprise efficace relie les sources de données distribuées sans avoir à les déplacer ou à les exposer. Ce faisant, elle produit des résultats précis, vérifiables et faisant l’objet d’une bonne gouvernance. Cette approche permet aux organisations, y compris les institutions financières, de déployer l’IA tout en gardant le contrôle sur la sécurité, la gouvernance et la conformité des données.

 

De l’efficacité à la compétence : amplifier l’expertise humaine

Un thème central de la webémission était le passage de l’efficacité à la compétence. M. Têtu a relevé que, par le passé, les logiciels traditionnels se sont concentrés sur le soutien aux organisations afin d’exécuter des tâches de manière plus rapide et uniforme. En revanche, l’IA permet aux particuliers de gérer eux-mêmes une complexité nettement supérieure en synthétisant l’information en temps réel.

Il a noté qu’une main-d’œuvre soutenue par l’IA peut répondre à des questions complexes avec une plus grande rapidité et précision, ce qui renforce les capacités globales de l’organisation. Plutôt que de remplacer les gens, l’IA accroît leur jugement et leur expertise, permettant aux équipes d’obtenir des résultats de meilleure qualité à plus grande échelle.

 

Capacité d’assemblage et d’adaptation de l’IA

M. Têtu a évoqué la capacité révolutionnaire de l’IA à assembler des fragments d’information provenant de multiples sources et à adapter sa réponse au contexte spécifique d’un utilisateur. Contrairement aux systèmes traditionnels qui récupèrent des documents existants ou des renseignements statiques, l’IA peut générer de nouvelles réponses en combinant de l’information dynamiquement en temps réel.

Cette capacité permet à la main-d’œuvre, aux conseillers et aux conseillères, ainsi qu’à la clientèle de bénéficier d’interactions plus personnalisées et adaptées au contexte. Elle représente également un changement fondamental dans la façon dont les connaissances sont accessibles, combinées et appliquées au sein des organisations.

 

Efforts du Canada pour une infrastructure d’IA souveraine

La discussion a aussi porté sur l’approche du Canada en matière d’IA à l’échelle nationale. M. Têtu a insisté sur le fait que la souveraineté en matière d’IA signifie qu’aucune partie externe ne peut « désactiver » les capacités numériques essentielles d’un pays. Selon lui, la souveraineté en matière d’IA exige une autorité nationale dans cinq domaines clés :

  1. Réseaux de communication : contrôler l’infrastructure qui assure la connectivité numérique, y compris la fibre optique, le 5G et les réseaux satellites, au lieu de dépendre d’opérateurs externes.
  2. Capacités de calcul : détenir une autorité sur l’endroit et la façon dont le calcul de l’IA a lieu, s’assurant que la capacité de traitement est gouvernée à l’échelle nationale, sans dépendre de ressources contrôlées à l’étranger.
  3. Résidence et persistance des données : veiller à ce que les données résident à l’intérieur des frontières nationales et demeurent gouvernées de façon persistante, et qu’elles ne soient pas seulement stockées localement.
  4. Circulation des données : surveiller la façon dont les données traversent les frontières, y compris prévenir le traitement ou l’accès à des renseignements sensibles hors du contrôle national, même lorsque les données sont stockées localement.
  5. Cadres d’identité et de confiance : contrôler les systèmes d’identité et les processus d’authentification qui soutiennent l’accès sécurisé, la confiance et la responsabilité dans les environnements alimentés par l’IA.

Il a fait remarquer que les gouvernements et les industries réglementées, en particulier, doivent s’assurer que les systèmes d’IA fonctionnent dans des cadres contrôlés et sécurisés. À mesure que l’IA s’intègre davantage aux économies et aux services essentiels, l’importance de la gouvernance, du contrôle national et des infrastructures sécurisées ne cesse de croître.

 

Adoption de l’IA comme impératif concurrentiel

Tout au long de la webémission, M. Têtu a souligné que l’adoption de l’IA n’est plus facultative. Selon lui, les entreprises ne perdront pas face à l’IA elle‑même, mais face à des concurrents qui l’adoptent plus efficacement. Par conséquent, le fossé se creuse entre les adeptes et les réfractaires, ce qui a des répercussions claires sur la productivité et la compétitivité.

Il a décrit l’IA comme une capacité omniprésente plutôt que comme un service distinct, en soulignant que les organisations ne peuvent pas externaliser leur transformation avec l’IA. Pour en tirer pleinement parti, l’expertise doit être développée à l’interne et intégrée dans l’ensemble de l’entreprise.

 

Conclusion : adopter l’IA pour composer avec la complexité croissante

L’IA transforme le fonctionnement des organisations en permettant aux particuliers de gérer la complexité, de synthétiser l’information et de prendre des décisions plus éclairées. La véritable valeur de l’IA réside dans l’amplification des capacités humaines, et non dans l’automatisation seule. Le succès dépendra de l’intégration de l’IA dans des données d’entreprise sécurisées, de son adoption généralisée dans l’ensemble des organisations et de la prise en compte des besoins en infrastructure et en énergie liés à sa croissance. Dans un contexte où l’adoption de l’IA définit de plus en plus la compétitivité, les organisations qui progressent rapidement seront mieux positionnées pour s’adapter et prospérer.