Élargissement du peloton de tête sur le marché : une analyse de Denise Chisholm – 19 février 2026

Élargissement du peloton de tête sur le marché : une analyse de Denise Chisholm – 19 février 2026

Denise Chisholm, directrice en chef, Stratégie de marché quantitative chez Fidelity, a analysé les données sur l’inflation, la croissance, les tarifs douaniers, la politique monétaire et les meneurs sectoriels. Son message : plusieurs idées reçues sont réévaluées, le peloton de tête s’élargit et l’angle le plus pertinent en ce moment pourrait être celui du ratio risque/rendement par secteur plutôt que des grands facteurs.


Voici quelques-uns des points à retenir.

Désinflation et croissance économique

Mme Chisholm a insisté sur le fait que l’inflation est l’une des statistiques économiques les plus personnelles, puisque chaque ménage ressent les variations de prix différemment selon ses habitudes de dépenses, notamment en matière de transport, d’alimentation, de soins de santé ou d’éducation. Bien que les mesures d’inflation de base excluent les aliments et l’énergie, ce qui peut sembler déconnecté de la réalité, leur utilité réside dans leur cohérence au fil du temps.

D’un point de vue plus large, les données récentes indiquent toujours une désinflation, même si certains segments de l’économie montrent des signes de stabilisation et de reprise. Mme Chisholm a souligné qu’historiquement, la croissance et l’inflation n’évoluent pas en tandem comme on le suppose souvent. En fait, l’examen des données sur plusieurs décennies révèle que la plupart des périodes de croissance économique ont coïncidé avec un ralentissement de l’inflation. La croissance à elle seule n’est généralement pas suffisante pour générer une inflation durable, ce qui aide à comprendre pourquoi l’inflation a continué de ralentir malgré l’activité économique soutenue.

 

Dynamique de croissance et rôle des mesures de relance budgétaire

Un thème central de l’analyse de Mme Chisholm est que l’inflation est plus difficile à générer qu’on pourrait le croire. En général, elle découle non pas de la croissance interne, mais de mesures budgétaires ciblées et de très grande ampleur. Mme Chisholm a cité la pandémie comme exemple de période où les mesures de relance ont été suffisamment importantes par rapport à l’activité économique pour provoquer une inflation significative. Elle a néanmoins souligné que d’autres épisodes requérant d’importantes mesures n’avaient pas connu la même conclusion.

Par ailleurs, elle a décrit le contexte de croissance actuel comme étant fragmenté. La vigueur s’est concentrée dans certains secteurs, comme les dépenses en immobilisations dans certaines branches du secteur manufacturier et dans les technologies de l’information, tandis que d’autres domaines, comme les petites entreprises et l’habitation, sont restés à la traîne. Ensemble, ces forces ont entraîné une croissance globale modeste plutôt qu’une expansion généralisée. Cependant, les données récentes indiquent que l’économie pourrait sortir de cette période prolongée d’activité inégale alors qu’elle montre des signes de croissance plus durable et potentiellement plus largement répartie.

 

Tarifs douaniers : une taxe et non un vecteur d’inflation soutenue

Mme Chisholm qualifie les tarifs douaniers de taxe à la consommation qui réduit le pouvoir d’achat, sans pour autant entraîner une inflation durable. Même si les entreprises tentent souvent de transférer les coûts plus élevés aux consommateurs, ces derniers peuvent simplement acheter moins. Dans ces cas, consommateurs et producteurs peuvent tous deux en sortir perdants, car des prix plus élevés entraînent des volumes plus faibles et des marges potentiellement réduites.

En raison de cette dynamique, le fardeau économique des tarifs douaniers tend à être réparti entre les consommateurs, les producteurs et les importateurs, plutôt que de peser uniquement sur les ménages. Mme Chisholm a souligné que si les tarifs douaniers étaient réellement inflationnistes de manière durable, on le verrait directement dans les données sur l’inflation. Or, l’inflation a continué de ralentir, ce qui suggère que les pressions sur les prix liées aux tarifs douaniers ont été absorbées et diffusées dans l’ensemble de l’économie, plutôt que de s’amplifier avec le temps.

 

Politique monétaire et distinction entre « pouvoir » et « devoir » réduire

En ce qui concerne la politique monétaire, Mme Chisholm a mis en garde contre la surinterprétation de la rhétorique de la Réserve fédérale américaine (la Fed). Bien que les discussions de politiques et les procès-verbaux puissent refléter un éventail de points de vue, les décisions dépendent avant tout de l’évolution des données. Mme Chisholm a souligné que les craintes antérieures selon lesquelles les tarifs douaniers entraîneraient une inflation soutenue ne se sont pas concrétisées et que les mêmes tendances historiques vont à l’encontre de l’idée qu’une reprise de la croissance raviverait automatiquement l’inflation aujourd’hui.

Les données sur le marché de l’emploi appuient cette lecture. Les demandes initiales d’assurance-chômage demeurent faibles par rapport à la population, ce qui indique un nombre limité de mises à pied, tandis que les demandes continues ont légèrement augmenté, suggérant un ralentissement des réembauches. Dans l’ensemble, Mme Chisholm voit des signes de stabilisation plutôt que de détérioration. Si l’inflation continue de ralentir pendant que la croissance et l’emploi se stabilisent, la Fed pourrait être en mesure de réduire les taux puisque les conditions le permettent, et non parce que la faiblesse économique l’oblige à agir. Cette distinction est importante pour ceux et celles qui investissent dans les actions.

 

Les secteurs pourraient être plus pertinents que les facteurs

Mme Chisholm a soutenu que les secteurs peuvent offrir des expositions plus claires et plus précises que les facteurs généraux comme la valeur ou la croissance, en particulier lors des périodes de transition. Les données sectorielles ont tendance à montrer des tendances plus distinctes, une dispersion plus large et des signaux de valorisation plus clairs. Il est ainsi plus facile d’évaluer si les risques, y compris ceux liés aux perturbations ou à l’innovation, sont déjà reflétés dans les prix.

Dans un environnement façonné par des forces singulières, comme l’intelligence artificielle (IA), l’analyse sectorielle peut fournir un portrait plus concret que les indices factoriels qui couvrent des secteurs très différents.

 

Technologie, IA et réinitialisation des valorisations

Du côté des technologies de l’information, Mme Chisholm a noté une forte correction des titres de logiciels, précisant qu’il est rare qu’un sous-secteur important enregistre une baisse d’environ 25 % en une courte période. Selon elle, il s’agit d’une réinitialisation des valorisations plutôt que de l’éclatement d’une bulle technologique généralisée. En examinant le secteur des technologies dans son ensemble, y compris les semi-conducteurs, les matériels et les services, Mme Chisholm a souligné la capacité continue à générer des flux de trésorerie disponibles et la vigueur soutenue des marges d’exploitation.

Du point de vue des valorisations historiques, les titres technologiques sont revenus à des niveaux plus habituels, les valorisations relatives se situant bien en deçà des sommets récents. À ces niveaux, les probabilités de surperformance future se sont historiquement améliorées, même si les résultats ne sont jamais garantis. Selon Mme Chisholm, une grande partie du risque et de l’incertitude entourant les technologies de l’information, y compris les préoccupations liées à l’IA, se reflète déjà dans les prix.

Mme Chisholm décrit l’IA comme une force significative, mais encore très spécifique à certains secteurs. Les gains de productivité sont plus visibles dans les logiciels, où les développeurs deviennent nettement plus efficaces. Cependant, elle ne considère pas encore l’IA comme un vecteur systémique de productivité dans l’ensemble de l’économie. Les effets économiques plus larges devraient mettre plus de temps à se concrétiser que ce que le laisse parfois entendre le marché.

 

Reprise du secteur manufacturier et répercussions sur l’industrie

L’un des changements les plus marquants dans l’analyse de Mme Chisholm est l’amélioration des données du secteur manufacturier. Après plusieurs années de faiblesses et de signaux incohérents, les indicateurs comme la production industrielle, les commandes de biens d’équipement et le rapport de l’ISM commencent à s’harmoniser. Un signal particulièrement fort a été un bond marqué des nouvelles commandes, un phénomène historiquement rare et souvent associé à une expansion manufacturière soutenue.

Or, il convient de noter que cette amélioration s’opère alors que la désinflation persiste, une combinaison qui a par le passé soutenu la reprise durable de l’activité manufacturière. Dans ce contexte, les titres industriels ont eu tendance à enregistrer de bons résultats, car la croissance des bénéfices va au-delà d’un ensemble restreint de secteurs. Mme Chisholm a également relevé des occasions potentielles dans des secteurs qui ont été à la traîne, comme les transports et ceux liés à la construction, à mesure que le cycle devient plus équilibré.

 

Positionnement sectoriel : les plus prometteurs et les perdants selon Mme Chisholm

Les trois secteurs les plus prometteurs :

  1. L’industrie – désormais le secteur qu’elle préfère – est soutenue par une reprise manufacturière plus durable.
  2. Les produits financiers affichent des valorisations encore favorables et font l’objet de changements réglementaires susceptibles de soutenir le potentiel de hausse.
  3. La consommation discrétionnaire, notamment les secteurs liés à l’habitation alors que l’activité économique s’élargit.

Les trois secteurs les moins prometteurs :

  1. Les produits de première nécessité, ayant bénéficié d’une rotation défensive, semblent moins attrayants dans un contexte de reprise.
  2. Les services collectifs, eux aussi portés par la demande défensive, sont moins attrayants si la croissance se stabilise.
  3. L’énergie, secteur où la rentabilité demeure élevée, mais dont le profil risque/rendement semble moins favorable, à moins que le prix des marchandises ne montre une hausse durable.

 

Conclusion : positionnement potentiel pour un cycle d’élargissement

Pour Mme Chisholm, il ne s’agit pas de prendre des décisions tranchées, mais plutôt d’évaluer les probabilités et le rapport risque/rendement. Les données suggèrent une conjoncture de marché où la désinflation persiste, la croissance s’élargit graduellement et le peloton de tête s’étend au-delà d’un ensemble restreint de titres. Dans ce contexte, les secteurs liés à la fabrication et ceux sensibles à l’économie pourraient offrir des occasions plus attrayantes, tandis que les secteurs défensifs traditionnels pourraient être moins favorisés.