Ce que le marché a déjà intégré : analyse de Denise Chisholm – 7 mai 2026
Malgré les préoccupations économiques et géopolitiques persistantes, les marchés ont continué de grimper. Denise Chisholm, directrice en chef, Stratégie de marché quantitative chez Fidelity, a expliqué que ce décalage peut surprendre, mais il n’est pas inhabituel. Selon elle, les marchés pourraient déjà avoir intégré une plus grande partie du risque que ne le croient bon nombre d’investisseurs. Elle a d’ailleurs présenté une analyse portant sur les bénéfices et l’inflation.
Voici quelques-uns des points à retenir.
Pourquoi les marchés peuvent-ils progresser malgré des manchettes négatives?
Les marchés boursiers sont tournés vers l’avenir. Le cours des actions a tendance à tenir compte des mauvaises nouvelles bien avant d’avoir des répercussions concrètes sur les données économiques. Ce qui ressort dans ce cycle, ce n’est pas tant le niveau des marchés, mais à quel point la peur persiste depuis la pandémie de COVID-19. La volatilité a monté en flèche à plusieurs reprises à la suite de manchettes négatives, tandis que les marchés des titres de créance sont demeurés relativement calmes. Par le passé, un tel décalage entre la peur des marchés boursiers et les tensions sur le marché du crédit a souvent coïncidé avec une progression des marchés, plutôt qu’un recul.
Un signal de valorisation rare
Le repli du marché en début d’année a été bref, mais notable. Mme Chisholm a souligné que cette correction était en grande partie attribuable aux valorisations, les ratios boursiers s’étant contractés d’environ 15 % à 20 %. Des ajustements d’une telle ampleur sont historiquement rares. Lorsqu’ils se produisent, les marchés ont souvent déjà tenu compte d’une grande partie du risque. Sur un horizon d’un an, Mme Chisholm a cité des données historiques montrant que les marchés ont progressé la plupart du temps, même dans les cas où les bénéfices ont fini par baisser. Sa conclusion n’est pas que les risques ont disparu, mais que l’équilibre entre le risque et le rendement tend à changer une fois que ce type de réinitialisation des valorisations est derrière nous.
Bénéfices : deux indicateurs qu’elle surveille de près
Il y a deux facteurs qui, selon elle, pourraient soutenir la rentabilité des entreprises : les coûts unitaires de main‑d’œuvre et les bénéfices médians. Les coûts unitaires de main-d’œuvre ralentissent. Malgré le faible taux de chômage, la croissance des salaires a continué de ralentir et la productivité a augmenté. Selon ses données, le coût unitaire de main-d’œuvre se situe dans le bas de sa fourchette historique, ce qui a généralement été favorable aux marges futures. Les bénéfices médians de l’entreprise typique de l’indice S&P 500 sortent tout juste d’une période de repli qui a duré près de trois ans. Mme Chisholm a souligné qu’au cours des derniers cycles, les longues contractions des bénéfices ont souvent été suivies de reprises plus durables, ce qui laisse présager que la rentabilité pourrait s’avérer plus résiliente que prévu.
Les dépenses de consommation aux États-Unis demeurent stables, sans être élevées
Les dépenses de consommation aux États-Unis ont connu une légère reprise. La croissance réelle n’est pas récessionniste, mais elle n’est pas robuste non plus. Mme Chisholm insiste sur le fait que certains facteurs viennent contrebalancer les pressions. La hausse des prix de l’énergie agit comme une taxe pour les consommateurs, mais une partie de cette pression a été contrebalancée par des facteurs comme les baisses de tarifs douaniers, les remboursements d’impôt et les changements aux retenues fiscales. Pris ensemble, ces éléments aident à expliquer pourquoi les dépenses de consommation se sont maintenues, même sans forte croissance du revenu. Du point de vue des placements, Mme Chisholm a fait remarquer que les données sur l’emploi constituent un indicateur en décalage. Les bénéfices des entreprises ont tendance à guider les décisions d’embauche, c’est pourquoi elle continue de surveiller de près les tendances en matière de rentabilité.
Inflation : inconfortable, mais pas nécessairement un problème sur le marché
Bien que l’inflation demeure une préoccupation pour les ménages, Mme Chisholm a présenté l’enjeu différemment pour les investisseurs en actions. Par le passé, le plus grand risque pour les actions était une inflation élevée qui continue de s’accélérer. Mme Chisholm situe cette zone de danger autour de 4,5 % et plus. En revanche, une inflation entre 2,5 % et 4 % a souvent été associée à de meilleurs résultats sur le marché boursier. Mme Chisholm a aussi prévenu qu’il ne faut pas présumer qu’une hausse des coûts des intrants, comme le pétrole, se traduira automatiquement par une inflation soutenue. À son avis, c’est la tolérance des consommateurs qui détermine ultimement si les entreprises peuvent leur transférer les hausses des coûts. L’histoire montre que même les chocs importants des prix du pétrole n’ont pas systématiquement entraîné une accélération de l’inflation de base.
Perspectives sectorielles de Mme Chisholm
Secteurs les plus prometteurs
- Technologies de l’information : Mme Chisholm continue de considérer le secteur des technologies de l’information comme offrant un profil risque‑rendement attrayant. Bien que les craintes entourant les dépenses en immobilisations et les flux de trésorerie persistent, elle a noté que certaines composantes du secteur sont très rentables, tout en affichant des valorisations relativement faibles, ce qui indique un potentiel de croissance si les attentes négatives sont déjà intégrées aux cours.
- Industrie : Après presque trois ans de faiblesse, les indicateurs manufacturiers commencent à se redresser. Mme Chisholm a souligné une reprise des nouvelles commandes et a indiqué que les données laissaient présager un virage vers des secteurs plus cycliques, comme les machines et le transport.
- Habitation (consommation discrétionnaire) : L’activité dans le domaine de l’habitation demeure faible, mais Mme Chisholm croit qu’une grande partie des mauvaises nouvelles sont déjà prises en compte. Comme les valorisations des constructeurs résidentiels se rapprochent de niveaux historiquement bas, elle entrevoit un potentiel de croissance si les conditions se stabilisent ou s’améliorent.
Conclusion : ce qu’il faut retenir
Mme Chisholm a conclu en mettant de l’avant deux messages simples. Les chocs sur les prix du pétrole pourraient être plus facilement absorbés qu’anticipé par le public investisseur. Le marché pourrait déjà avoir intégré une partie du risque, mais il est important de garder à l’esprit que les manchettes peuvent parfois exagérer les risques.