Ce que les données révèlent sur l’inflation, les taux et les marchés boursiers : analyse de Denise Chisholm – 28 mai 2026
Les marchés sont tirés dans plusieurs directions, allant des attentes d’inflation qui changent aux signaux de croissance en transformation, en passant par l’évolution de la dynamique des taux. Dans ce contexte, Mme Chisholm, directrice en chef, Stratégie de marché quantitative, a fait part de ses réflexions sur la façon dont ces forces interagissent et sur les signaux que les données sous-jacentes pourraient envoyer.
Voici quelques-uns des points à retenir.
Repenser le lien entre le pétrole et l’inflation
Les fluctuations des prix du pétrole sont souvent au centre des discussions sur l’inflation, mais leur incidence sur l’économie mondiale pourrait être plus limitée que ne le laisse croire l’opinion générale. Bien que les prix de l’énergie puissent avoir une incidence sur l’inflation globale, leur effet sur l’inflation de base est nettement moins constant. Par le passé, les flambées des prix du pétrole se sont traduites par une inflation de base plus élevée moins de la moitié du temps sur une période de six mois. En réalité, des prix du pétrole plus élevés tendent à agir davantage comme une taxe à la consommation. L’effet se fait généralement sentir dans des secteurs comme l’énergie et le transport, plutôt que dans toute l’économie. Cette dynamique influence aussi les réactions des décideurs politiques. Même en période de fortes hausses des prix du pétrole, la probabilité de hausses de taux n’a pas augmenté de façon constante. Les fortes envolées des prix pétroliers ont souvent coïncidé avec des probabilités de resserrement de taux plus faibles, reflétant un frein à la demande plutôt qu’une inflation persistante.
La croissance, et non l’inflation, au cœur de l’évolution des taux
Les fluctuations des taux d’intérêt sont souvent perçues comme étant inflationnistes, mais les tendances historiques suggèrent que la croissance joue un rôle plus important. Une croissance plus forte a plus souvent été associée à une probabilité plus élevée de hausses de taux. Lorsque l’activité économique s’améliore, la Réserve fédérale américaine a historiquement été plus encline à adopter une position plus ferme. Les données récentes indiquent un possible point d’inflexion. Les commandes de biens durables ont atteint des niveaux qui ne se produisent historiquement qu’environ un quart du temps et ont tendance à signaler une poursuite de l’expansion du marché de l’emploi et des bénéfices. Fait important, la hausse des taux dans ce contexte n’est pas nécessairement négative pour les actions. Lorsque les hausses de taux reflètent une croissance plus forte, les marchés ont historiquement continué à bien se comporter, les actions présentant des probabilités de gains supérieures à la moyenne.
Une croissance plus forte ne rime pas nécessairement avec une hausse de l’inflation
On pourrait croire qu’une croissance plus rapide entraînerait une hausse de l’inflation, mais cette relation est moins prévisible. Sur de longues périodes, le lien entre la croissance et l’inflation demeure faible. Lorsque la croissance s’accélère, l’inflation est tout aussi susceptible de demeurer stable que d’augmenter. L’un des facteurs est le rôle de l’offre. À mesure que la demande augmente, les entreprises réagissent souvent en augmentant la production, les placements et la productivité. Cette dynamique pourrait contribuer à atténuer les effets de l’inflation. Les cycles de dépenses en immobilisations en sont un bon exemple. Bien que les investissements soutiennent l’expansion économique, ils ont plus souvent été associés à la désinflation à mesure que les capacités supplémentaires mises en service.
Dynamique de l’offre du pétrole et risque de baisse
Les marchés pétroliers demeurent influencés par les perturbations de l’offre, mais la dynamique à long terme laisse entrevoir une situation plus équilibrée. La hausse des prix a tendance à favoriser l’offre supplémentaire, puisque les producteurs réagissent à l’amélioration de l’économie. Au fil du temps, cette réaction peut aider à stabiliser les marchés. Il est également possible que l’offre soit plus grande que prévu. Si les conditions s’améliorent ou si la production augmente, les prix pourraient reculer, surtout si des capacités reviennent en service. Ensemble, ces mécaniques pointent vers des scénarios comprenant des hausses et des baisses plutôt qu’à un résultat unidirectionnel.
Incidences sectorielles : là où les pressions et les occasions émergent
Les prix de l’énergie ne touchent pas tous les secteurs de la même façon. Les répercussions ont tendance à être concentrées, ce qui crée à la fois des défis et des occasions sur l’ensemble du marché.
Perspective de Mme Chisholm sur la sensibilité sectorielle
- Secteur subissant le plus de pressions : La consommation discrétionnaire –
la hausse des coûts énergétiques peut peser sur les dépenses en consommation et réduire les marges. Par le passé, ce secteur a fait preuve d’une sensibilité à la hausse des prix de l’énergie et a eu tendance à enregistrer des rendements inférieurs dans ces conditions. Quand les prix de l’énergie baissent, ce secteur a présenté une probabilité plus élevée de rendement supérieur, porté par l’amélioration des marges et des dépenses en consommation. - Secteurs les plus résilients : Technologie et produits industriels sélectionnés
Certains secteurs ont démontré un pouvoir plus grand de fixation des prix. Les technologies de l’information, en particulier, ont montré leur capacité à maintenir leurs marges même lorsque les coûts des intrants augmentent.
Potentiel de croissance et de présence sur le marché
Les tendances de croissance plus larges continuent de soutenir les perspectives de bénéfices. Les données récentes indiquent une amélioration généralisée dans toutes les catégories de biens durables, ce qui pourrait refléter une reprise des domaines manufacturiers et liés aux investissements. Lorsque la croissance est répartie de façon plus uniforme, l’expansion des bénéfices a toujours été plus durable. Ce type de contexte a souvent été associé à des cycles économiques plus longs et à un rendement boursier soutenu. Le secteur technologique continue de se distinguer dans cet environnement. Malgré les craintes entourant les taux, les tendances historiques laissent présager que le secteur a enregistré de bons résultats lorsque la croissance est forte, même si les taux augmentent.
Conclusion : un contexte axé sur la croissance pour les marchés
Les indicateurs actuels laissent présager que le contexte du marché est davantage influencé par la croissance que par les chocs inflationnistes. Les données suggèrent une tendance vers une activité en plein essor, en particulier dans les domaines manufacturiers et liés aux investissements. Bien que les dépenses en consommation demeurent importantes, la croissance n’a pas à être uniforme pour soutenir l’économie en général. En même temps, la relation entre l’inflation, les taux et le rendement du marché demeure nuancée. Les hausses de prix liées au pétrole ne devraient pas, à elles seules, se traduire par une inflation généralisée. Par le passé, les marchés ont absorbé des hausses de taux modérées liées à la croissance. Prises ensemble, ces dynamiques témoignent d’un contexte où la croissance durable et les tendances en matière de bénéfices continuent de jouer un rôle central dans les résultats du marché.