Les trois grands sauts des marchés frontaliers

city street in India

Adam Kutas | Gestionnaire de portefeuille

Janvier 2019

Depuis que je m’intéresse aux marchés émergents et frontaliers, donc depuis plus de 20 ans, j’ai remarqué que la thèse de placement dont on parle le plus est la comparaison du taux de pénétration d’un produit ou d’un service. Par exemple, les investisseurs feront valoir que 90 % (environ) des Canadiens possèdent un téléviseur alors que ce taux est de 20 % au Kenya et que, par conséquent, le potentiel de croissance des fabricants de téléviseurs au Kenya est bien plus élevé qu’au Canada, et que l’on peut s’attendre à voir le taux du Kenya converger vers le taux canadien, à mesure que le revenu par habitant augmentera. Ce raisonnement peut être appliqué à presque toutes les entreprises et tous les secteurs. L’idée de base est que le développement économique des pays frontaliers suivra exactement la même trajectoire que le développement observé dans les pays développés et émergents, plus avancés, au cours des 50 à 100 dernières années.

Toutefois, dans certains secteurs, ce scénario est peu probable, du fait des formidables avancées technologiques : de nombreux pays frontaliers sautent des étapes pour passer directement aux systèmes les plus modernes au lieu de suivre les structures qui existent dans les marchés développés. Ainsi, les pays frontaliers devraient non seulement accroître leur productivité plus rapidement, mais aussi éviter les problèmes auxquels sont confrontés les pays développés, notamment la gestion d’infrastructures vétustes.

Ce phénomène est surtout visible dans trois secteurs, à savoir les télécommunications, les banques et la production d’électricité. Il est alimenté par deux facteurs : les grandes avancées technologiques et l’effondrement des prix de ces technologies. Comme on le voit dans le Tableau 1, les pays développés, émergents et frontaliers présentent des taux de pénétration très similaires pour ce qui est des téléphones cellulaires. Dans le passé, la plupart des citoyens des pays frontaliers auraient dû attendre que le gouvernement ou une entreprise construise le réseau de télécommunications traditionnel de type filaire, comme ceux mis en place au Canada par Bell ou Telus il y a plusieurs décennies. Toutefois, comme l’installation de tours de téléphonie mobile est bien plus simple et moins coûteuse aujourd’hui et comme on peut se procurer des téléphones de fabrication chinoise à des prix abordables, les pays frontaliers ne connaissent pas cette phase de construction d’infrastructures traditionnelles et offrent aujourd’hui un accès aux communications mobiles et à l’Internet mobile équivalent à ce qu’offrent Montréal ou Vancouver.

Tableau 1 – Abonnements de téléphones cellulaires (par 100 personnes)
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Source : Banque mondiale.

Ce changement est très important pour la productivité d’un pays qui se trouve dans les premières phases de son développement économique. Par exemple, examinons le nombre de succursales bancaires par habitant (Tableau 2). Comme vous le voyez, les succursales traditionnelles sont très présentes dans les marchés développés. On avait coutume de dire à propos de Toronto : « on trouve une banque et une église à chaque coin de rue ». Toutefois, grâce à l’avènement des services bancaires mobiles (Safaricom, géant kényan du transfert électronique en est un parfait exemple), dans les pays frontaliers, les clients passeront directement aux services bancaires sur Internet. Au lieu de braver la circulation et traverser la ville à scooter pour payer leurs factures de services publics dans une succursale bancaire, les clients pourront le faire sur leur téléphone, en quelques secondes. Ces personnes seront donc plus productives, il est probable que la construction de toutes ces succursales n’aura pas lieu et les propriétaires d’immeubles commerciaux n’auront jamais à relever le défi auquel leurs homologues des pays développés sont confrontés, à savoir remplir les espaces laissés vacants après les fermetures de succursales bancaires.

Tableau 2 – Succursales bancaires (par 100 000 adultes)
Tableau 2 – Succursales bancaires (par 100 000 adultes)
Source: FMI.

Le commerce de détail connaît lui aussi un bond en avant. Comme le montre le Tableau 3, dans les pays développés, les consommateurs ont pour habitude de faire leurs achats dans des centres commerciaux. Aux États-Unis, par exemple, le taux de pénétration des centres commerciaux est très élevé. Grâce au magasinage en ligne, les consommateurs des marchés frontaliers ne passeront pas par la case « centres commerciaux traditionnels ». Ils opteront directement pour les achats sur Amazon et Alibaba, et la construction de tous ces centres commerciaux n’aura probablement pas lieu dans des pays comme le Bangladesh.

Tableau 3 – Centres commerciaux (m2 de surface commerciale utile/1 000 personnes)
Tableau 3 – Centres commerciaux (m2 de surface commerciale utile/1 000 personnes)
Sources : SACSC, CommONEnergy et Cushman & Wakefield.

Le dernier grand bond en avant concerne la production d’électricité. Comme je l’ai mentionné dans le billet intitulé, les prix des panneaux solaires se sont effondrés en raison des investissements massifs de la Chine et la production d’énergie solaire coûte à présent moins cher que celle au charbon. La production d’énergie solaire faisant appel à une « technologie verte » qui ne nécessite aucun combustible (source de grandes dépenses pour les entreprises), les marchés frontaliers passeront directement à la production solaire, sans passer par les immenses centrales au charbon qui ont été construites dans les pays développés, comme on le voit dans le Tableau 4.

Tableau 4 – Centrales au charbon, 30 MW et plus (par million d’habitants)
Tableau 4 – Centrales au charbon, 30 MW et plus (par million d’habitants)
Source : CoalSwarm et Global Coal Plant Tracker.

Ne vous méprenez pas : on continuera de construire des centres commerciaux parce que les familles aiment aller au cinéma; les banques conserveront des succursales pour rassurer leurs clients sur le fait que leur argent est en lieu sûr et la navigation Internet est bien meilleure avec une ligne fixe qu’avec une connexion sans fil. Toutefois, le développement des marchés frontaliers ne suivra pas du tout la même trajectoire que celui de pays comme le Canada, et ce, en raison de l’adoption rapide de technologies efficaces et peu coûteuses. Ce type de développement devrait accélérer les gains de productivité dans les marchés frontaliers et créer de fantastiques occasions de placement propres à ces marchés. Ces occasions ne s’appuieront pas sur la thèse de placement du taux de pénétration, à laquelle sont habitués la plupart des investisseurs axés sur les pays émergents et frontaliers.

 

Merci d’avoir lu ce billet.

Adam Kutas, CFA

 

Remarque : Les données sont en date du 31 décembre 2017.



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