L’énergie solaire pourrait-elle transformer les pays des marchés émergents et frontaliers?

Les médias ont commenté récemment le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat en insistant sur les conséquences négatives pour la planète en cas d’échec de cet accord.
 
Adam Kutas | Gestionnaire de portefeuille
 
Juin 2017

Les médias ont commenté récemment le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat en insistant sur les conséquences négatives pour la planète en cas d’échec de cet accord. Or, à mes yeux, la croissance de l’énergie solaire dans le monde et ses conséquences structurelles sur notre environnement et nos économies revêtent une importance beaucoup plus grande. Dernièrement, deux sources ont mis en lumière cette tendance. La première est un article de la BBC qui décrivait comment les centrales au charbon avaient tourné au ralenti récemment au R.-U. en raison du niveau élevé d’ensoleillement (les centrales solaires ont comblé l’écart). Le deuxième est ma rencontre récente avec les dirigeants d’un conglomérat philippin qui ont affirmé que les coûts de construction d’une centrale solaire étaient maintenant similaires à ceux d’une centrale au charbon (comme le montre le Graphique 1). Par conséquent, ils comptent inverser les proportions de centrales au charbon et de centrales solaires qu’ils prévoient construire dans les cinq prochaines années, soit 20 % de centrales au charbon et 80 % de centrales solaires, contre des proportions inverses au cours des cinq dernières années.

Graphique 1 : Coût de production – charbon c. énergie solaire
Graphique 1 : Coût de production – charbon c. énergie solaire
Source : FMR

Ce changement dans le coût de production de l’énergie est de nature structurelle, mais quels pays risquent de subir le plus gros impact : les pays développés, émergents ou frontaliers?  À mon avis, les pays des marchés émergents et frontaliers devraient en bénéficier davantage en raison de trois grands facteurs : géographie, dépendance à l’égard des importations d’énergie et coût du capital. Les grands gagnants de cette tendance seront l’Asie méridionale (Inde, Bangladesh et Pakistan) et l’Afrique (principalement le Kenya et l’Afrique du Sud), tandis que l’effet sera négatif pour les pays exportateurs de pétrole du Moyen-Orient (ce qui explique en partie pourquoi le gouvernement de l’Arabie saoudite souhaite liquider sa participation dans Aramco dans le cadre d’un PAPE).

D’abord sur le plan géographique, la principale raison pour laquelle les marchés émergents et frontaliers seront plus avantagés que les marchés développés est leur plus grande proximité avec l’équateur. Comme le montre le Graphique 2, en moyenne les pays des marchés émergents (ME) et frontaliers (MF) reçoivent plus d’heures d’ensoleillement par année (par contre, comme le montre le Graphique 3, il fait aussi plus chaud et les panneaux sont moins efficaces – des améliorations technologiques futures pourraient toutefois atténuer le problème).

Graphique 2 : Nombre moyen d’heures d’ensoleillement par année

Médiane des MD 1832
Médiane des ME 2294
Médiane des MF 2394

Source : Credit Suisse

Graphique 3 : Température annuelle moyenne

Médiane des MD 9,3
Médiane des ME 19,6
Médiane des MF 19,2

Source : Credit Suisse

Le deuxième facteur est la dépendance à l’égard des importations d’énergie. La plupart des pays des marchés émergents et frontaliers sont bien conscients de leurs ressources abondantes en termes d’ensoleillement, mais n’ont pas jusqu’ici utilisé l’énergie solaire pour satisfaire leurs besoins énergétiques en raison des frais de mise en oeuvre élevés, et c’est pourquoi ils dépendent des importations d’énergie (voir le Graphique 4). C’est le cas pour un grand nombre de pays d’Asie méridionale et d’Afrique (toutefois, même les pays où l’énergie est abondante comme le Nigéria ne sont pas autosuffisants en raison de la lourde bureaucratie qui entrave la construction des centrales énergétiques et la distribution).  

Graphique 4 : Importations nettes d’énergie en % du PIB
Graphique 4 : Importations nettes d’énergie en % du PIB
Source : FMR

Maintenant que les coûts de mise en oeuvre et la dépendance à l’égard des importations d’énergie diminuent, on constate que la construction de centrales solaires a monté en flèche ces dernières années (voir le graphique 5). C’est particulièrement vrai dans les grands pays des marchés émergents (notamment la Chine et l’Inde) où la classe moyenne émergente est plus sensible à la qualité de l’air qu’il y a 20 ans. C’est ce qui explique les données du graphique 6 : l’approvisionnement en énergie solaire dans les pays des marchés émergents et frontaliers croît plus rapidement que dans les marchés développés.

Graphique 5 : Approvisionnement en énergie solaire
Graphique 5 : Approvisionnement en énergie solaire
Source : FMR
Graphique 6 : Variation sur 12 mois de la capacité de production d’énergie solaire
Graphique 6 : Variation sur 12 mois de la capacité de production d’énergie solaire
Source : FMR

Globalement, j’estime que ces conditions sont similaires au changement profond provoqué par l’introduction des téléphones mobiles dans les pays des marchés émergents et frontaliers il y a 10 ans. En raison de la faible connectivité des lignes de téléphone fixes, les téléphones mobiles sont devenus le véritable réseau téléphonique, et la population a eu accès au téléphone pour la première fois.

Dans le cas de l’énergie, le solaire pourrait devenir dans les faits la principale source d’énergie dans des pays où la connectivité du réseau énergétique est limitée, notamment en Asie méridionale et en Afrique (Economist - vue de l’Afrique depuis l’espace). Dans des endroits comme l’Afrique, la plupart des sociétés mondiales tardent à investir davantage en raison du manque d’infrastructures de base (en particulier les infrastructures énergétiques), si bien qu’un approvisionnement en énergie plus fiable pourrait favoriser de nouveaux investissements.

Le dernier facteur est le coût du capital dans les pays des marchés émergents et frontaliers, qui a de tout temps été plus élevé que celui des marchés développés, en partie en raison des niveaux d’inflation historiques supérieurs (IPC). Comme on le voit sur le graphique 7, les marchés frontaliers et émergents sont ceux où l’énergie pèse le plus lourd dans les calculs de l’inflation. Cela contribue à faire augmenter le niveau d’inflation absolu, mais aussi la volatilité de l’IPC. En même temps, cela peut avoir un effet à la hausse sur les taux obligataires du fait que les investisseurs demandent des taux plus élevés pour compenser le risque d’inflation si le pays dépend largement des importations pour ses besoins énergétiques. Si un grand nombre de pays des marchés émergents et frontaliers passent à l’énergie solaire, le coût et la volatilité des prix de l’énergie devraient baisser et, par conséquent, les taux d’inflation devraient devenir moins volatils. 

Graphique 7 : L’énergie en % de l’inflation
Graphique 7 : L’énergie en % de l’inflation
Source : FMR

Globalement, la révolution solaire de l’ère moderne (puisque les panneaux solaires ont été inventés dans les années 1950) n’en est encore qu’à ses débuts, mais elle pourrait changer complètement nos perceptions en ce qui concerne l’approvisionnement et le coût de l’énergie. Les effets devraient être beaucoup plus importants dans les marchés émergents et frontaliers étant donné les niveaux élevés d’ensoleillement, les besoins importants d’énergie et l’impact plus grand sur les calculs d’inflation. Les grands gagnants devraient être les importateurs d’énergie dans des régions comme l’Asie méridionale (Inde, Bangladesh, Pakistan) et l’Afrique (Kenya et Afrique du Sud).

Merci pour la lecture.

Adam Kutas



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