Joel Tillinghast de Fidelity, dont la modestie n’a d’égal que le talent, partage son savoir

Joel Tillinghast
 
Extrait d’une entrevue réalisée par Kate Welling du WellingonWallSt., publiée le 3 mars 2017.
 
Joel Tillinghast est gestionnaire de portefeuille de la Catégorie Fidelity Valeur intrinsèque mondiale. Les mots d’ordre de M. Tillinghast sont rationalité, souplesse, opportunité et valeur.
 
Tout d’abord, permettez-moi de vous dire que vous avez écrit un ouvrage précieux pour les investisseurs. Columbia University Press a tiré le gros lot.
 
JOEL TILLINGHAST : Je l’espère. J’aurais pu avoir recours à un écrivain professionnel, comme l’a fait Peter Lynch; M. Lynch est un conteur né, mais je pense que l’apport de John Rothchild rend son livre encore plus passionnant. Toutefois, je dirais que mes anecdotes sont presque aussi bonnes que celles de M. Lynch. Nous verrons bien...
 
Commençons par l’histoire de Joel Tillinghast. Vous avez fait quelques détours avant d’arriver chez Fidelity.
 
À qui le dites-vous! J’ai obtenu mon diplôme universitaire et commencé à chercher du travail en 1980, c'est-à-dire à l’époque où, si vous vous en souvenez, les emplois à Wall Street n’étaient pas très courus. Le Dow piétinait sous les 1 000 points; les diplômés des grandes écoles boudaient plutôt les sociétés de placement.
 
Comment avez-vous atterri chez Fidelity?
 
J’ai carrément téléphoné au bureau de Peter Lynch. Paula Sullivan, sa secrétaire, m’a demandé qui j’étais; je lui ai expliqué le but de mon appel et, à ma grande surprise, elle m’a mis en communication avec lui. Je ne m’attendais vraiment pas à parler directement avec Peter Lynch! Quelques semaines plus tard, je prenais l’avion pour Boston.
 
Comment vous est venue l’idée du Low-Priced Stock Fund*?
 
Fidelity voulait lancer de nouveaux fonds et a demandé qu’on lui fasse des propositions; j’en ai présenté près d’une demi-douzaine. À vrai dire, l’idée du Low-Priced Stock Fund (FLPSX) n’était pas ma préférée.
 
Quelles étaient vos idées préférées?
 
Les autres propositions faisaient davantage appel à mon expérience des produits dérivés et du marché à terme – elles ressemblaient assez à certains des FNB offerts actuellement.
 
Je suppose que vous trouvez toujours des occasions plus intéressantes parmi les actions à petite capitalisation?
 
On ne sait pas réellement pourquoi les actions à petite capitalisation connaissent régulièrement des périodes de surperformance. Un de mes professeurs en administration des affaires a été parmi les premiers à faire connaître l’effet des actions à petite capitalisation. Et puis on a arrêté d’en parler pendant plusieurs années. Pour ma part, j’ai tout de suite été fasciné par l’effet des actions à petite capitalisation. Cette fascination a bien servi ma carrière, même s’il a été absent pendant un certain temps. Mais, est-ce dire que les actions à petite capitalisation enregistrent une surperformance parce qu’elles sont plus dynamiques? À mon avis, c’est le cas, mais peut-être aussi qu’on a conclu à cette surperformance parce que ces actions à petite capitalisation étaient hors de sentiers battus, illiquides, et donc mal évaluées.
 
Effectivement; mais il existe un autre facteur déterminant dans cette évolution; je fais référence au grand procès antitrust de 1996 contre les teneurs de marchés hors-cote, alléguant l’existence d’une collusion à l’échelle de l’industrie afin de maintenir de larges écarts de taux.
 
Oui. Grâce à l’entente qui a été conclue, les écarts sont moins importants et l'information circule beaucoup plus rapidement. Auparavant, je devais littéralement appeler les sociétés et leur demander de me lire leurs communiqués de presse financiers parce que les dépêches Dow Jones ne publiaient que l’en-tête. Je n’avais pas d’autre moyen de prendre connaissance des communiqués de presse dans leur intégralité pour savoir, par exemple, si les stocks d’une entreprise avaient augmenté. Mais c’était un avantage légitime, car n’importe qui pouvait appeler et demander qu’on lui lise le communiqué de presse dans sa totalité. Par ailleurs, depuis la fin des années 90, il y a moins de sociétés qui échappent au radar. Cela fait partie des raisons qui m’ont amené à investir au Japon. J’ai fait une recherche pour déterminer combien de sociétés américaines avaient un ratio C/B inférieur à 12 et une capitalisation boursière supérieure à 30 millions $. J’ai ensuite fait la même chose avec le Japon.
 
Qu’avez-vous trouvé?
 
Les sociétés avec un faible ratio C/B sont presque deux fois plus nombreuses au Japon qu’aux États-Unis. J’ai cerné 428 sociétés aux États-Unis et 805 au Japon qui répondaient à mes critères de recherche.
 
Quelle est la date de parution prévue pour votre livre?
 
Elle a été reportée au mois d’août, mais que cela ne vous empêche pas d’en faire la promotion! J’espère que quelques investisseurs en feront l'acquisition.
 
Dites-moi, en quelques mots, ce que les investisseurs pourront en retirer.
 
Il s’agit de réussir ses placements en évitant des erreurs; je divise cette démarche en cinq volets. Le premier volet porte sur la prise de décisions rationnelles – comment reconnaître la peur, mais laisser la raison trancher, parce que le prix à payer quand on se lance dans ce domaine est d’éprouver des émotions désagréables. C’est ce qui justifie en partie la profession de gestionnaire de capitaux : nous assumons la douleur que nos clients veulent éviter, même si, en définitive, ils la ressentent indirectement en tant que porteurs de parts d’un fonds. Le second volet explique pourquoi il faut s’en tenir aux choses que l’on comprend – ou que l’on est capable de comprendre. Et ceci s’applique autant à des détails insignifiants sur des produits qu’aux rouages d’une industrie. Il peut aussi s’agir de différences culturelles, comme le fossé qui sépare les cultures d’entreprise japonaise et américaine; cette compréhension est très utile sur le terrain. Le troisième volet est, en résumé, un avertissement de ne pas présumer de ses connaissances sur le fonctionnement de l'économie dans notre univers. Et c’est également une injonction de veiller à travailler avec des gens honnêtes et dignes de confiance.
 
Et vous terminez votre livre avec un argument massue, la valeur...
 
Si on doit reconnaître un message dans le dernier volet, c’est ne payez jamais le plein prix. Jamais, au grand jamais. Efforcez-vous en tout temps de dénicher des aubaines.
 
Grâce à ce livre, vous aurez une cohorte d’admirateurs. Préparez-vous, M. Tillinghast!
 
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